Un message pour ceux qui sont tellement contre le statu quo qu’ils ne votent pas.

Amour et Liberté

Depuis plusieurs milliers d’années, l’humanité lutte contre les tyrans avec plus ou moins de conviction. Nous sommes dans une de ces époques épiques où les humains tentent de s’associer pour défendre leurs libertés, qui sont plus ou moins grandes selon les cas. Force est de constater que malgré plusieurs tentatives au cours des derniers milliers d’années, le combat pour réformer notre système reste en vain. Malgré quelques gains insignifiants, notre société creuse toujours de plus en plus le fossé des inégalités.
Dans l’histoire de l’humanité une erreur s’est produite. La plus impitoyable des illusions, celle qui nous aveugle tous, celle qui nous enchaîne. L’idée que l’humanité doit s’associer en méga société gouvernée par un petit groupe de gens élitistes. L’idée que sans gouvernants, le peuple vivra le chaos absolu. Comme si chacun de nous était incapable de distinguer ce qui est bien de ce qui est mal.
Et si c’était l’inverse? Et si le chaos venait du fait même d’être gouverné… et si les inégalités toujours plus croissantes venaient du fait que nous nous contentons de voter, consommer et d’être gouvernés. Nous faisons le choix d’être gouvernés, nous sommes complices de ce que nous dénonçons.
Et bien moi, je ne veux plus être complice !
Donc… Je ne vote plus, je ne cherche plus la sécurité dans la masse et la gouvernance.
Je m’associe en groupe d’affinités qui crée ses propres règles, sa propre société, car je suis capable de distinguer le bien du mal.
Je sais et je sens au plus profond de mon être que le système dans lequel je vivais est mauvais.

Alors mes ami(e)s, faisons la fête jusqu’à la victoire,
la victoire qui consiste à ne plus remplacer notre gouvernement
mais à le créer…
pour nous gouverner nous même.

Bon combat, bonne danse
amour et liberté.

Publié par Le café des indigné(e)s

http://lecafedesindignes.blogspot.ca/2012/06/amour-et-liberte.html?zx=29a977275373d488

Comme j’ai un peu débordé des 4 096 caractères auxquels j’ai droit pour commenter, voici ma réponse complète :

Désolé, mais un petit détail énorme est simplement trop grave pour ne pas commenter : « je ne vote plus ».

Je cherche sincèrement une manière polie de vous signifier à quel point cela fait de vous un imbécile sans vous froisser, mais je ne trouve pas. Tant pieux.

Votre projet est noble et je vous encourage autant que possible à vivre et créer ce nouveau monde à portée de main. J’espère en faire autant, à ma façon.
Mais je me permets de vous signaler que dans votre enthousiasme vous oubliez un détail crucial : pour l’instant, et depuis longtemps, vous y êtes, dans ce monde cruel et imparfait.

Et vous laissez passer une des seules rares occasions où l’on vous donne la chance d’être une signifiante goutte d’eau dans un fleuve…
Non, vraiment, même ironiquement je n’arrive pas à vous féliciter.

Parce qu’en ne votant pas, peu importe l’ampleur de la noblesse du « message » prétendument envoyé par votre refus de vous salir par une telle compromission, tant et aussi longtemps que les casseroles n’auront pas provoquée la chute légitime du régime criminel de Charust, votre abstention sera – et surtout, écoutez bien, a toujours été – un vote pour le statu quo.

Des années que je m’arrache les cheveux à essayer de comprendre comment autant de gens qui s’imaginent (et le sont réellement aussi au moins un peu, le plus souvent) être « contre le système » peuvent se faire croire que leur [@&$%€] abstention envoie un [#€%@$&$] de « message » à quiconque autre que « je m’en kalisse, faites comme vous voulez ».

Désolé pour tous les révolutionnaires hardcore qui trouvent le moyen d’être fiers de ne pas voter, mais sans blague, les gars, come on…
Je dis pas, si vous avez déjà formé une société parallèle underground autonome et que je suis juste pas assez matrix pour le savoir, c’est ben correct : vous faites votre affaire pis c’est bien.

Mais ici au Québec, présentement, ça a pas trop l’air d’être le cas.

Et si vous nous dites que vous ne votez plus, c’est donc que vous auriez pu, voire à plusieurs reprises?

Pouvez-vous prendre quelques secondes de votre temps pour vous demander si vous pourriez pas être un peu aussi coupables pour le présent règne de Darth Charest que les « moutons » qui eux, en n’allant juste pas voter, avec ou sans kalisse de message, appuient tacitement?

Vous vous doutez de ma réponse : vous faites exactement la même chose.

C’est même très probable que ce soit à cause de tous les minables crétins comme vous qui ne votent pas, sans autrement faire la moindre chose pour que cet abandon veuille dire quelque chose, qu’on subisse toute la puanteur des certitudes toxiques de ces androïdes qui répètent que c’est parfaitement démocratique d’être engouverné par un cartel de crapules « majoritaires » avec 24%.

Tous ceux qui n’ont pas voté, et qui auraient pu, lisez bien, c’est important : en gros, on est d’accord. Moi aussi, je le trouve dégueulasse le système, mais bordel, tant qu’on le change pas on est pris dedans!

Si, d’une manière ou d’une autre, le réveil et les casseroles des québécois n’avaient comme conséquence immédiate que de simples élections (pas dans 18 mois, l’autre, pas question), l’impartialité scabreuse du processus électoral serait tout autant à blâmer que les autruches rebelles comme vous pour le réel, grave et ignoble « avantage » mesquin des présents usurpateurs du pouvoir.

Et ça débat sur des possibles unions/coalitions, pendant que l’autre est mort de rire… Non, non, non : soyons clairs, citoyens.

Oui, c’est le fun, les casseroles, mais c’est là pour dire quelque chose, quelque chose de sérieux : on est en tabarnak, et non, on ne va pas attendre gentiment que peut-être, miraculeusement, on ait « la chance » de voter pour ce qu’il y aura contre les fascistes caqlibéraux.

On veut des élections, le plus tôt possible, mais pas les élections que veulent et préparent les libéraux : des VRAIES élections, pour une fois.
Il n’est pas question pour nous de vous faire encore avoir.

Mais comment, au juste?
Ça, c’est nettement moins clair pour moi que le reste, mais nous savons tous que des formules sérieuses de réformes électorales sont toutes prêtes, et n’attendent que ça.
Proportionnelle, double tour, hybride, etc : les plans pleuvent, on a l’embarras du choix.

Il me semble raisonnable que la majorité bruyante du peuple dans la rue exige, pour une fois, d’être entendue.

Toutes mes excuses aux aliénés qui trouvent que tout ce bruit n’est pas « démocratique », mais je vous signale en passant que c’est un peu la seule et première fois que ça arrive.
Ce n’est pas comme si on abusait, non?
Avez-vous la moindre idée de tout ce que l’on reproche (faits et documentation à l’appui) aux libéraux?
Vous trouvez vraiment qu’on exagère?

Si vous saviez, en plus, comme on se bat précisément pour plus de démocratie, justement.
C’est parce qu’elle si dysfonctionnelle qu’on est encore à ce jour pris quelque part entre un « mouvement étudiant », une « crise sociale », un « cri social », le « réveil d’un peuple », la « chute du régime », etc, etc.

C’est parce qu’elle si dysfonctionnelle que vous avez l’impression de faire partie d’une « majorité silencieuse » qui n’a pas son mot à dire.
Ces gens qui vous dérangent sont là – entre autres bonnes raisons – pour que vous aussi ayez votre mot à dire, pourquoi refusez-vous donc de le voir?

Notre système est malade parce que nos dirigeants sont de toute évidence des criminels, et qu’il nous faut trouver un moyen légal de les arrêter, c’est pourtant simple.

Ben oui, nous descendons dans la rue, chaque soir, et nous y sommes joyeux parce que nous nous découvrons des alliés, des amis que nous ne connaissions pas, souvent là où on ne les aurait pas du tout attendu (et d’une manière autrement surprenante, pas là où on se serait attendu à plus de soutien, ou même simplement d’enthousiasme)…

Ben oui, c’est rendu festif, les manifs, mais c’est parce qu’on est en train de gagner.
On est méprisés, ridiculisés, criminalisés et indignés, mais comment voulez-vous qu’on ait pas aussi le torse bombé et le sourire étampé dans la face en marchant soir après soir, malgré toutes les menaces, toute la répression, avec tous ces gens que l’on découvre être nos semblables, et de voir à quel point ils ont du coeur?
De voir que ce n’est vraiment pas tous les soirs que de sordides commandes politiques ordonnent des arrestations massives?
Que c’est rendu non seulement que la plupart du temps, on a plus droit au traitement royal 728 mais qu’on peut même voir des sourires derrières les casques?

Bien sûr que c’est rendu une fête quand les « manifestants » sont, en gros, tout le monde, police incluse.
C’est une bonne nouvelle, ça prouve une chose : la majorité n’est plus silencieuse.

En défiant la 78, et en continuant de le faire, on a déjà gagné.
Un jour, vous le comprendrez. On veut bien attendre un peu, mais pas trop.

Moi, en tout cas, ma casserole, c’est ça qu’elle raconte.
Elle ne veut pas d’élections aussi corrompues que celui qui les prépare.
Elle sait que c’est possible, et que tout le monde le souhaite.

Je ne suis pas un étudiant, je ne suis ni « en grève » ni « en boycott », je suis en tabarnak, je suis en colère, je suis en [insérer ici la deuxième moitié d’énumération de Gérald Godin]..

Se faire niaiser par des sociopathes dangereux qui continuent de faire semblant d’avoir la légitimité de nous gouverner, là, ça va faire : arrêtez de prendre le monde pour des caves.

Tant qu’Anticosti sera violée aux yeux de tous par le Satyre de Sagard, le moindre de vos « arguments » économiques n’aura pas même l’apparence d’une imposture convainquante. Évidemment que ça se pourrait, une rétroaction de la hausse, même la gratuité, si on voulait : tous les débats de chiffres sont de l’arnaque sans un peu de recul et une vue plus large.

Bref, il vous faut comprendre qu’une telle vermine qui nous vote une loi aussi conne que démente que le putsch 78 mérite, comme si ce n’était pas déjà le cas, une rapide destitution, et raisonnablement la prison.

Pour ceux qui pensent encore qu’il est possible de défendre la loi 78, j’espère que nous aurons l’occasion d’y revenir, donc je ne vous dirai pour l’instant qu’une chose : allez la lire, au complet, et nous verrons si vous pensez encore qu’il est réellement possible, pour un individu et/ou un étudiant et/ou une association étudiante de manifester sans tomber dans une seule des incohérences et contradictions de cet infâme torchon.

Et si vous l’avez lue, et que vous persistez, votre mauvaise foi me dégoûte. Vous n’avez pas idée du cauchemar abominable que nous serions tous en train de vivre s’il n’y avait pas assez de bonnes têtes infiltrées dans les forces de l’ordre pour empêcher que soit utilisé ce scandale.

Au pire, si vraiment, vraiment, vraiment, on ne peut rien faire de plus parce que l’illusion de la gouvernance libérale tient bon, il faudra lutter de toutes les manières possibles et imaginables contre le piège aussi flagrant que mesquin de la division du vote (engueuler les tarés qui pensent que ne pas voter puisse servir à autre chose que le pouvoir en place me semble en faire partie, désolé).

Que les partis qui ont eu la décence de ne pas voter pour l’abomination 78 s’unissent temporairement, s’allient, se coallient, peu importe : s’ils veulent exister politiquement dans un avenir proche ou éloigné, ils ont intérêt à le faire, c’est la moindre des choses. Un simple programme d’évacuation/arrestations des déchets en postes, suivi d’un nettoyage électoral et de nouvelles élections avec chaque parti à nouveau dans son coin me conviendrait parfaitement, par exemple.

Un autre moyen de lutter autant contre la division du vote que l’apathie des connards qui se pensent lucides (infiniment plus grave que celle des larves ordinaires) serait l’ajout du parti ou de l’option « aucune de ces réponses ».

Ça, est-ce que ça vous ferait vous déplacer?
Si vous aviez la chance de cocher ça, sur votre bulletin de vote, est-ce qu’enfin il serait digne de vous?

C’est, après tout, la réponse qui a réellement gagnée les dernières élections (plusieurs autres derrière, aussi)…
C’est, après tout, le vote que vous essayez de faire en ne votant pas.

Si ça ne vous dérange pas, ce serait gentil de faire la révolution avec nous encore un petit peu, juste assez longtemps pour que de cette manière ou d’une autre, voter en vaille la peine.
Après, vous irez inventer le monde que vous voudrez, avec qui vous voulez, mais pour l’instant, si vous êtes au Québec et insatisfaits du statu quo, faites au moins ce petit effort.

Avec assez de casseroles, on aura peut-être même pas besoin d’aller voter pour se débarrasser de ces parasites, après tout.
Mais pour l’instant, et tant qu’on passera à tort pour une minorité bruyante, on a besoin de vous.

Si vous voulez vous sortir de la gouvernance, il faut le faire, et c’est ce que les casseroles du Québec essaient de faire.
Allumez, s’il-vous-plaît.

Merci.

Respectueusement,
Marco Simonsen-Séréda

2 réflexions sur “Un message pour ceux qui sont tellement contre le statu quo qu’ils ne votent pas.

  1. Nous sommes vraiment heureux que le billet Amour et Liberté ait suscité autant d’émotion de votre part. Par contre nous aimerions apporter quelques éclaircissements;

    1) nous sommes de grands adeptes des casseroles
    2) nous aimons débattre, avec des arguments de préférence
    3) nous aimons vraiment la fête et danser en faisant la révolution
    4) nous sommes en désaccord profond avec la loi 78
    5) nous sommes pour la diversité des tactiques.

    Votre texte nécessite quelques réponses et mises au point, enfin nous croyons ne pas bien saisir le sens de certains propos.

    Par exemple, lorsque vous écrivez;

    « Et vous laissez passer une des seules rares occasions où l’on vous donne la chance d’être une signifiante goutte d’eau dans un fleuve…
    Non, vraiment, même ironiquement je n’arrive pas à vous féliciter.« 

    Nous vous répondons: Ne nous contentons pas d’être des gouttes d’eau ….soyons tous et chacun la mer.

    Lorsque vous écrivez;

    On veut des élections, le plus tôt possible, mais pas les élections que veulent et préparent les libéraux : des VRAIES élections, pour une fois.
    Il n’est pas question pour nous de vous faire encore avoir.(sic)

    Nous vous répondons:
    1) pouvez-vous nous dire ce qu’est une vraie élection?
    2) pouvez-vous nous dire ce que change concrètement le fait d’avoir une élection?

    Nous voudrions aussi vous faire remarquer que les réformes du système électoral qui sont «toutes prêtes», comme vous dites, attendent dans les boîtes que ce système n’aie plus de légitimité. Ce qui amène la question suivante: Comment rend-t-on un système illégitime? …Pour nous la réponse est évidente: en n’y participant pas. Pensez-vous sérieusement que l’élite est prête à réformer le système représentatif dans lequel nous vivons? Franchement je me demande lequel de nous ou de vous est le plus illusionné. Croyez-vous aveuglément que les acquis sociaux dont nous jouissons aujourd’hui viennent du fait que nous sommes allés voter pour un ou pour l’autre? Eh bien, non, mon cher! Ces chers acquis sociaux ne viennent que rarement du politique, par opportunisme, mais bien plus souvent de la rue, du peuple! Prenons le droit d’association syndicale en Amérique du Nord par exemple, ce droit s’est obtenu après des jours et nuits d’émeutes et quelques morts(1), faudrait pas l’oublier quand même. Le droit de vote des femmes, il s’est obtenu comment lui ??? Certainement pas sans casser des œufs (2). Pis la création du ministère désuet de l’éducation, ben oui, par la pression de la rue!! Et nous pourrions continuer indéfiniment. Nous n’avons vraiment pas changer grand chose en nous contentant de voter aux 4 ans et ça, c’est un fait.

    Êtes-vous convaincu que de remplacer une truite par une morue changera quoi que ce soit?
    Ce sera toujours deux poissons, plus ou moins bons selon nos médias. Qu’une truite ou une morue changerait de quoi au Plan Nord, au barrages hydro électriques, à Mosento, au FMI, à la déforestation,au GES à l’île d’Anticosti. Franchement illusionné, vous disiez ? À l’illusion du vote nous opposons l’action. Tout le monde est rapide pour cracher sur les abstentionnistes et les anars. Mais sans abstentionnistes les réformes du mode de scrutin dont vous parlez ne seraient pas au menu du jour, sans les anars personne n’aurait vu le vrai visage de ceux qui nous gouvernent et de leur police politique. Nous n’avons pas perçu d’argument de votre part qui nous convainque d’aller voter.

    Il nous reste à vous faire la remarque suivante…. vous dites que vous êtes en Tabarnak, nous espérons que vous ne vous arrêterez pas a mi-chemin, après avoir remplacé la marionnette des financiers. Ce serait perpétrer l’erreur maintes fois commise….l’illusion du changement. À votre Tabarnak de lendemain de veille, nous ajoutons notre Indignation, un sentiment beaucoup plus profond, qui ne disparaîtra pas au lendemain de votre élection.

    «Avec assez de casseroles, on aura peut-être même pas besoin d’aller voter pour se débarrasser de ces parasites, après tout.
    Mais pour l’instant, et tant qu’on passera à tort pour une minorité bruyante, on a besoin de vous.
    Si vous voulez vous sortir de la gouvernance, il faut le faire, et c’est ce que les casseroles du Québec essaient de faire.»

    Et comme toujours, malgré les coups de couteau dans le dos, les injures, et les mensonges
    nous serons à vos côtés pour défendre les libertés humaines.

    Pour nous gouverner nous même.

    Bon combat, bonne danse et surtout bonnes casseroles!
    Le Café

    p.s. pour ceux que ça intéresse un texte est en préparation pour étoffer l’argumentaire sur le vote.

    (1) http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.ca/2011/10/usa-revoltes-urbaines.html
    (2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_de_vote_des_femmes

  2. Comme vous pouvez le voir, un ou des interlocuteurs du Café Des Indigné(e)s ont bien voulu répondre à mon commentaire d’un de leurs articles, et ils ne se défendent pas trop mal…

    Voici leur première réponse :
    Amour et Liberté partie 2
    http://lecafedesindignes.blogspot.ca/2012/06/amour-et-liberte-partie-2.html

    Et une suite de l’argumentaire :
    L’abstentionnisme ou l’analogie de la maison
    http://lecafedesindignes.blogspot.ca/2012/06/labstentionnisme-ou-lanalogie-de-la.html

    À l’exception de leur esquive d’une question des plus cruciales (auraient-ils pu, oui ou non, participer à empêcher la fallacieuse prise de pouvoir « majoritaire » des libéraux aux dernières élections?), ils posent de solides questions pour lesquelles je n’ai évidemment pas toutes les réponses.

    Que serait une vraie élection?
    Qu’est-ce que ça change, en l’état actuel de notre ploutocratie?

    Peut-être, après en avoir longuement discuté, pourrai-je me permettre une réponse plus longue que « je ne sais pas (encore?) »…

    Les assemblées populaires de quartiers seront un lieu idéal pour poser et reposer la question, et en débattre publiquement.

    Évidemment, que le vote est presque rien. Que ce n’est pas suffisant.
    Évidemment que je ne suis pas de ces aberrations qui croient qu’on vote et c’est assez, on attend la prochaine fois.
    Que j’ai plutôt senti, probablement à chaque fois, le malaise d’une pitoyable compromission en me soumettant à l’étrange rituel.

    Mais comment aurais-je pu ne pas y aller, et faire encore pire et cautionner muettement le règne des statuquonnards?

    Tout comme je ne fais pas du vote le début et la fin du monde, le système n’a pas perdu sa légitimité par le seul poids du refus passif de la multitude, et/ou des abstentionnistes et/ou anars.
    C’est un gros facteur, naturellement, qui démontre bien sa désuétude totale, mais nous sommes du même avis, de même que les acquis sociaux ne proviennent pas de simples votes, ce n’est pas non plus du tout suffisant que de s’en abstenir passivement.

    Mais pour faire quoi, alors?
    La grande question.

    Avant le printemps érable, il n’y avait à peu près pas d’espoir possible.
    Depuis tellement, tellement longtemps, tous ces imbéciles de québécois sans mémoire laissaient leur patapouf mener la baraque.
    Et chialaient, un peu, de temps en temps, sans plus.

    La Grande Tiédeur.

    Mais tout n’est pas si simple, et tout comme la grande noirceur n’était pas aussi noire qu’on veut bien le croire, ce faux marasme est trompeur.

    La grève étudiante, et plus encore sa répression abusive, ont donné à tous les Québécois conscients l’occasion de se manifester.
    Pas seulement de manifester, avec ou en soutien aux étudiants, comme le sermonne encore le discours médiatique.
    Mais réellement de se manifester, de prendre enfin parole, et position.
    Bruyamment, longtemps, massivement, parce que la situation est exceptionnelle et sans précédent.

    Et oui, envers et contre ceux qui voudraient donc que tout le monde se taise à nouveau, comme avant.

    Comme ces pauvres patrons désolés de constater « que ce soit difficile de faire passer notre message dans la population »

    Ou ces hystériques « journalistes » qui chahutent effrontément Amir Khadir en point de presse, le 6 juin 2012

    Désolé, peuple berné, si vous ne trouvez pas ça « démocratique », qu’un peuple tente de destituer un despote grotesque qui multiplie les abus de pouvoir par l’ampleur de son incompétence et sa soumission aux intérêts mesquins.

    Mais si vous fermez la télévision et sortez dans la rue, vous verrez que ce n’est pas la guerre, ce n’est pas l’anarchie. Je suis allé faire un tour sur Crescent, voir la fameuse zone de guerre du 7 juin. C’était juste kétaine, et plate.

    Finalement, ce n’est pas une guerre, et ce n’est même pas non plus une lutte de classes : c’est une lutte d’espèces. Les gens que je vois marcher dans la rue avec leurs casseroles et leurs rêves et leurs revendications n’ont presqu’aucune espèce d’affinité avec les tristes victimes composant cette fameuse « majorité silencieuse »…

    Ouais, il y a souvent une différence de statut social assez substantielle, mais franchement, soyons sérieux un peu : c’est beaucoup plus complexe que juste les pauvres contre les riches.

    La vraie ligne dans le sable, à mes yeux, est celle du statu quo.

    Riche, pauvre, crétin ou brilliant, peu importe : le facteur qui compte le plus, c’est si vous croyez qu’il faut préserver l’obscène statu quo ou qu’il est plus que temps de faire des changements en profondeur.

    Tout le reste est du détail.

    Mais ce sont des détails importants, qui pourront être dûment étudiés et approuvés quand nous aurons institué une forme crédible de gouvernance populaire.

    Vous est brusqués par la méthode employée jusqu’ici, et c’est malheureux, mais vraiment, vous savez, on est pas méchants. Vos médias ne vous ont pas montré comment, à chaque soir où il y a eu violence, il y a eu provocation policière d’abord.

    Cela n’excuse pas nécessairement tel geste de défense un peu trop violent, tel feu de cônes en milieu de la rue, mais ça l’explique, en grande partie.
    Avant ce feu du 19 mai, par exemple, ce n’était jamais arrivé : les gens ne posent pas de tels actes comme ça, dans le vide. C’est dans le déroulement et le récit précis des mesures policières prises envers les manifestants que l’on peut vraiment comprendre les « débordements ».

    Et pour ceux qui ne comprennent pas que l’on puisse vouloir retourner les coups aux policiers, je vous réfère à l’entrevue suivante : Maisoneuve en Direct 10 Mai 2012 Manif À Victoriaville Témoin

    Alors, on essaie d’empêcher des escrocs de vous flouer, ça fait un peu de grabuge et ça vous dérange, Tremblay, Rozon, Villeneuve et consorts de la « majorité silencieuse »?

    Mais la faute en incombe aux lois présentes qui n’ont pas prévu de processus de dissolution nécessaire en cas d’urgence.

    Car c’est bien d’une urgence qu’il s’agit.

    Au moins depuis le putsch pour l’instant impuni du 18 mai, qui a scellé le sort des libéraux et de leurs seconds la CAQ.

    Pendant ce temps, les médias dociles continuent de répéter sans réfléchir les fables qui défilent sur les téléprompteurs, pendant que le Satyre de Sagard continue à recevoir ses décorations et nos ressources naturelles.

    Mais j’ai confiance que le peuple raisonnable et pacifique, mais indigné, et qui choisit de prendre parole et casserole, peut faire face à l’urgence.

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