La suite du débat abstentionniste

Comme vous pouvez le lire juste ici, un ou des interlocuteurs du Café Des Indigné(e)s ont bien voulu répondre à mon commentaire d’un de leurs articles, et ils ne se défendent pas trop mal…

Voici leur première réponse :
Amour et Liberté partie 2
http://lecafedesindignes.blogspot.ca/2012/06/amour-et-liberte-partie-2.html

Et une suite de l’argumentaire :
L’abstentionnisme ou l’analogie de la maison
http://lecafedesindignes.blogspot.ca/2012/06/labstentionnisme-ou-lanalogie-de-la.html

À l’exception de leur esquive d’une question des plus cruciales (auraient-ils pu, oui ou non, participer à empêcher la fallacieuse prise de pouvoir « majoritaire » des libéraux aux dernières élections?), ils posent de solides questions pour lesquelles je n’ai évidemment pas toutes les réponses.

Que serait une vraie élection?
Qu’est-ce que ça change, en l’état actuel de notre ploutocratie?

Peut-être, après en avoir longuement discuté, pourrai-je me permettre une réponse plus longue que « je ne sais pas (encore?) »…

Les assemblées populaires de quartiers seront un lieu idéal pour poser et reposer la question, et en débattre publiquement.

Évidemment, que le vote est presque rien. Que ce n’est pas suffisant.
Évidemment que je ne suis pas de ces aberrations qui croient qu’on vote et c’est assez, on attend la prochaine fois.
Que j’ai plutôt senti, probablement à chaque fois, le malaise d’une pitoyable compromission en me soumettant à l’étrange rituel.

Mais comment aurais-je pu ne pas y aller, et faire encore pire et cautionner muettement le règne des statuquonnards?

Tout comme je ne fais pas du vote le début et la fin du monde, le système n’a pas perdu sa légitimité par le seul poids du refus passif de la multitude, et/ou des abstentionnistes et/ou anars.
C’est un gros facteur, naturellement, qui démontre bien sa désuétude totale, mais nous sommes du même avis, de même que les acquis sociaux ne proviennent pas de simples votes, ce n’est pas non plus du tout suffisant que de s’en abstenir passivement.

Mais pour faire quoi, alors?
La grande question.

Avant le printemps érable, il n’y avait à peu près pas d’espoir possible.
Depuis tellement, tellement longtemps, tous ces imbéciles de québécois sans mémoire laissaient leur patapouf mener la baraque.
Et chialaient, un peu, de temps en temps, sans plus.

La Grande Tiédeur.

Mais tout n’est pas si simple, et tout comme la grande noirceur n’était pas aussi noire qu’on veut bien le croire, ce faux marasme est trompeur.

La grève étudiante, et plus encore sa répression abusive, ont donné à tous les Québécois conscients l’occasion de se manifester.
Pas seulement de manifester, avec ou en soutien aux étudiants, comme le sermonne encore le discours médiatique.
Mais réellement de se manifester, de prendre enfin parole, et position.
Bruyamment, longtemps, massivement, parce que la situation est exceptionnelle et sans précédent.

Et oui, envers et contre ceux qui voudraient donc que tout le monde se taise à nouveau, comme avant.

Comme ces pauvres patrons désolés de constater « que ce soit difficile de faire passer notre message dans la population »

Ou ces hystériques « journalistes » qui chahutent effrontément Amir Khadir en point de presse, le 6 juin 2012

Désolé, peuple berné, si vous ne trouvez pas ça « démocratique », qu’un peuple tente de destituer un despote grotesque qui multiplie les abus de pouvoir par l’ampleur de son incompétence et sa soumission aux intérêts mesquins.

Mais si vous fermez la télévision et sortez dans la rue, vous verrez que ce n’est pas la guerre, ce n’est pas l’anarchie. Je suis allé faire un tour sur Crescent, voir la fameuse zone de guerre du 7 juin. C’était juste kétaine, et plate.

Finalement, ce n’est pas une guerre, et ce n’est même pas non plus une lutte de classes : c’est une lutte d’espèces. Les gens que je vois marcher dans la rue avec leurs casseroles et leurs rêves et leurs revendications n’ont presqu’aucune espèce d’affinité avec les tristes victimes composant cette fameuse « majorité silencieuse »…

Ouais, il y a souvent une différence de statut social assez substantielle, mais franchement, soyons sérieux un peu : c’est beaucoup plus complexe que juste les pauvres contre les riches.

La vraie ligne dans le sable, à mes yeux, est celle du statu quo.

Riche, pauvre, crétin ou brilliant, peu importe : le facteur qui compte le plus, c’est si vous croyez qu’il faut préserver l’obscène statu quo ou qu’il est plus que temps de faire des changements en profondeur.

Tout le reste est du détail.

Mais ce sont des détails importants, qui pourront être dûment étudiés et approuvés quand nous aurons institué une forme crédible de gouvernance populaire.

Vous est brusqués par la méthode employée jusqu’ici, et c’est malheureux, mais vraiment, vous savez, on est pas méchants. Vos médias ne vous ont pas montré comment, à chaque soir où il y a eu violence, il y a eu provocation policière d’abord.

Cela n’excuse pas nécessairement tel geste de défense un peu trop violent, tel feu de cônes en milieu de la rue, mais ça l’explique, en grande partie.
Avant ce feu du 19 mai, par exemple, ce n’était jamais arrivé : les gens ne posent pas de tels actes comme ça, dans le vide. C’est dans le déroulement et le récit précis des mesures policières prises envers les manifestants que l’on peut vraiment comprendre les « débordements ».

Et pour ceux qui ne comprennent pas que l’on puisse vouloir retourner les coups aux policiers, je vous réfère à l’entrevue suivante : Maisoneuve en Direct 10 Mai 2012 Manif À Victoriaville Témoin

Alors, on essaie d’empêcher des escrocs de vous flouer, ça fait un peu de grabuge et ça vous dérange, Tremblay, Rozon, Villeneuve et consorts de la « majorité silencieuse »?

Mais la faute en incombe aux lois présentes qui n’ont pas prévu de processus de dissolution nécessaire en cas d’urgence.

Car c’est bien d’une urgence qu’il s’agit.

Au moins depuis le putsch pour l’instant impuni du 18 mai, qui a scellé le sort des libéraux et de leurs seconds la CAQ.

Pendant ce temps, les médias dociles continuent de répéter sans réfléchir les fables qui défilent sur les téléprompteurs, pendant que le Satyre de Sagard continue à recevoir ses décorations et nos ressources naturelles.

Mais j’ai confiance que le peuple raisonnable et pacifique, mais indigné, et qui choisit de prendre parole et casserole, peut faire face à l’urgence.

Une réflexion sur “La suite du débat abstentionniste

  1. Bonjour,

    Peut-être n’avons nous pas été clairs. Pour nous, que nous votions pour un ou pour l’autre n’a pas vraiment d’importance. En fait, nous trouvons quasiment bénéfique pour notre société que des individus comme Charest, Harper, Bush, Sarkozy et autres, soient au pouvoir, car ils démontrent bien les limites de la démocratie. Puisque nous souhaitons passer à une autre étape de notre développement social, il nous apparaît inutile de participer à cette démocratie en choisissant un élu. Que pour nous il y a un après, que la démocratie n’est pas l’aboutissement de notre humanité … que nous déployons nos énergies ailleurs.

    Nous vous invitons à définir vos besoins…
    pour un monde meilleur.

    Nous tenons aussi à vous dire que nous apprécions votre projet photographique.

    Le Café
    http://lecafedesindignes.blogspot.se/2012/06/parce-quavant-de-redefinir-le-monde-il.html

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