Cabotinage de Gérald avec Pauline Julien, sous le regard amusé des poètes Paul Marie Lapointe (à gauche) et Roland Giguère (à droite). Montréal, novembre 1974 (Photo Kero).

#GGGi : Gauvreau Godin Giguère

Cabotinage de Gérald avec Pauline Julien, sous le regard amusé des poètes Paul Marie Lapointe (à gauche) et Roland Giguère (à droite). Montréal, novembre 1974 (Photo Kero).

LA MAIN DU BOURREAU FINIT TOUJOURS PAR POURRIR

Grande main qui pèse sur nous
grande main qui nous aplatit contre terre
grande main qui nous brise les ailes
grande main de plomb chaud
grande main de fer rouge

grands ongles qui nous scient les os
grands ongles qui nous ouvrent les yeux
comme des huîtres
grands ongles qui nous cousent les lèvres
grands ongles d’étain rouillé
grands ongles d’émail brûlé

mais viendront les panaris
panaris
panaris

la grande main qui nous cloue au sol
finira par pourrir
les jointures éclateront comme des verres de cristal
les ongles tomberont

la grande main pourrira
et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs.

1951.
Roland Giguère.

***

POUR GARDER LA TÊTE HAUTE

Ce noir
ces mains moirées
cette longue soirée
de cruelle mémoire
passée à compter des têtes
qui ne tenaient plus au matin
qui ne tenaient plus tête à l’orage
têtes de sages
têtes de mages
qui n’allaient plus sans cages
sans barreaux sans casques
cent coups de massue assenés
cent mille griffes
cent mille millions de dards
dans l’occiput
et tout cela pour en venir au scalp
à l’étêtement des entêtés
qui avaient voulu porter
la tête haute
sur une terre où toujours
jour et nuit
glissait le sabre à ras le sol
à hauteur d’épi
et où même le plus petit
le penché
le recroquevillé
l’aplati
le plié et replié sur lui-même
où même celui-là
avait la tête tranchée

avait la tête tranchée aussi
dès sa naissance
au lit pourtant bien bas
le simple petit rêve
de s’éveiller
de se lever
pour vivre
DEBOUT

têtes
qui ne tenaient plus à rien
qui ne tenaient plus à la vie
que par un nerf
usé
qui allait d’une minute à l’autre
céder

céder la vie pour une terre
en forme d’orange
où tout le monde mange
et fait l’amour
vit et rêve
et vit en rêvant
la vie rêvée enfin vécue
la vie sauvée
rêve et dort
et d’ores et déjà
l’amour en dormant
silence et dors
et d’or
dors
dors
dors
silence
et dors

il n’y a plus de lances
plus de cimeterres
la paix revient se poser
à l’ombre de tes paupières.

1952.
Roland Giguère.

***

OGRE ODIEUX

Toi qui habites les chairs meurtries
toi qui consumes les plus beaux avenirs
toi qui ancres la haine au cœur des printemps neufs

toi qui salis
toi qui baves
toi qui englues
toi qui ruines
toi qui prostitues

dis-nous
quand donc seras-tu rassasié?

quand aurons-nous la nuit douce ?
ogre odieux!

1957.
Roland Giguère.

***

LE TEMPS EST À L’ÉCHO
ET LES BOURREAUX SONT LAS

Seuls les cris les plus clairs nous reviendront qu’une journée clémente aura épargnée. Cristallisés en diverses formes d’espoir, ces cris deviendront points de repère immuables: boussoles que l’on porte au front, phare devant la porte ou bouée à l’entrée du jardin.

Ainsi protégés, nous poursuivrons nos dialogues paisibles. L’ouragan peut venir.

1959.
Roland Giguère.

***

APRÈS TOUT

Voici que nous nous retrouvons enfin
au cœur de ces orages aveugles
dans cette nuit de couteaux sans cible

nous tremblons ensemble

le temps traverse le brasier et noircit
à l’aube nous fouillerons la cendre
pour célébrer la dernière étincelle

nous jaillirons ensemble.

1968.
Roland Giguère.

Roland n’est pas aussi connu que Miron, Godin, etc, mais sa poésie torche, n’est-ce pas?
Allez en lire plus.
Il semble que ce soit le seul à avoir obtenu à la fois le prix Paul-Émile-Borduas en arts visuels et le prix Athanase-David en littérature. Il a aussi refusé le prix du Gouverneur Général en 1973 (« pour des raisons politiques », selon les explications détaillées de Radio-Canada).
Il a entre autres « dessiné l’ancien logo du PQ, utilisé de 1968 à 2007« , mais n’a jamais été payé pour son oeuvre.

Moulins à paroles – poème de Roland Giguère lu par Françoise David:

***

ODE À L’ENNEMI

Pas de pitié
Les pauvres ouistitis
pourriront dans leur jus
Pas de pitié
le dos de la morue
ne sera pas ménagé
Cycle
Un tricycle
à ongles de pasteur
va jeter sa gourne
sur les autels de nos présidences
Pas de pitié!
Mourez
vils carnivores
Mourez
cochons de crosseurs de fréchets de cochons d’huile de cochons de
caïmans de ronfleurs de calices de cochons de rhubarbes de ciboires
d’hosties de bordels de putains de saint-sacrements d’hosties de bordels
de putains de folles herbes de tabernacles de calices de putains de
cochons
Le petit doigt
fera merveille
dans le fessier
de l’abbesse
Baisse
tes culottes
Nous ne sommes plus
des garçons
prévenants
Pas de pitié!
Les aubes ridubolantes
crèvent
et crèvent
et crèvent
l’odeur pâle
des maisons en chaleur
La dame
au doigt de porcelaine
se masturbe
sur les aines
de ma cravate
blasphémeuse
L’ouïe
Le rot des cochers
La diame-dame
luit
sur les parchemins de stupre
Les dos cadencés
protègent
les prunes puinées
Les prés
Les possédants
La puce de la mère supérieure
Le clos
des gens
ardents
La vedette râpe
son sperme
de femme
Oulllllll – Hahiya-diap-loup!
La loupe freinée
provoque
la diarrhée des sédentaires
Pas de pitié
Mourez chiens de gueux
Mourez baveurs de lanternes
Crossez fumiers de bourgeois!
La lèpre
oscille
dans vos cheveux
pourris
Crossez vos banalités
Sucez vos filles!
Pas de pitié
Mourez
dans votre gueuse d’insignifiance
Pétez
Roulez
Crossez
Chiez
Bandez
Mourez
Puez
Vous êtes des incolores
Pas de pitié !

1950-1951.
Claude Gauvreau.

***

Lectures de Claude Gauvreau à la Nuit de la poésie, 27 mars 1970:

FATIGUE ET RÉALITÉ SANS SOUPÇON

Keulessa Kyrien Cobliéniz Jaboir
Veulééioto Caubitchounitz Abléoco
Vénicir Chlaham Kérioti Kliko
Sannessa vélo Moutchnaïk Révoi
Kharinaïne bénessoir sellèr achmatz
krioun alégo amemor ripiutz leslé
aglradine noeutéon paklica erremmetz
djackliane mandousse petréobor
nochnéagriawa sétel-sel clariassener
jôquoimoil nontonduc allessande rébrér
novaképalès Djvoriadjiana Kuntroubel
tétrapaïte jonsel nilâcouâ alrivage
akdoc cousine-germaine déplaatz
circuitz monse dobo lévil-clair
palosse-pensée moulmolosse adjeuate
Kénoice Salibleuwié Aklistantan
Schnlouem Jakonitz Eulkéba Krôhenn
LaToilia Dédjoitonte Wanékoin
Lite-gazère Goitena Chapelle automatique

RIDEAU
1945. [Les Entrailles]
Claude Gauvreau.

SENTINELLE-ONDE

Thérobongi fulipajor paflucan sinsolli burri de macqnollo
Un ivre destin acknologea le presbytoire où frient l’arôme et le castor de
celui qui vécut dans un polichinelle de carton
Des yeux hybrides avaient des cadenas où pendait mon coeur sollicité par
deux émaux
Et dans ce premier ménage où oscille le fer-blanc armaturé de crin
des aubes logent ici
C’est le cerceau sanguinaire du strupède épilatoire qui regagne et frémit
dans son hélice de foie gras
Obilé Bobnapridé Sincholuglé sansitilon pabbruca de finlon-non
Un discours désolé trempe dans la niche liquide de son bréviaire de con
Les armes sautent par les portes
Les oudelots ont des barbes clichédères qui ramonent le sillon sinueux
d’une plus belle drave
Ok-navilo pimproddo poche-laficlec
Saudur et six drapeaux sassfuli bandé brobbuché
Un dos d’angle a des os de côté et un nez pour ses vieux jours
C’est la parade picare
le prénom flivuvlien
C’est le grugeux plepnipocère qui auréole de son agape la folle fureur du
dixain aléatoire
Au brémat les lois sautelaires firent hop et blid-lakutchc
C’est le soir
et c’est l’ardoise où les pipis de bonne volonté crossettent les piments
dérisoires du scientiste
Eggro coco bébé
Fifflondon fafflaupillo duss-duli grégadeau kin-kouch
Un oeil sur le vilandre
un oc sur le pléblère
Les igdours ont des maléfices de poivre qui pervertent le creux des onges
bossues
Un balcon filuflère qui exauce les ramones assidues de la croupe en fer à
cheval
C’est le binoconlonpinaclin
Le déboge arfudri os de clan claube de barbiror Paul de saux zic glau
bindin
Une pinocle issue du père follin a des jouvres qui clancent le pène du
zeufaire cournoyer de ses andes
Arrivez par les paludes
Accouchez par les oreillers
Invectivez par les fissures
Le dos docile a des cauchemars de mouette et de glaive
En son hyper baulée un nacton franche le poste oubigoulé
Et là coule
Et là draufe
un ciment préfector qui a des oeils de princesse Qui a des moules de
corbeau Qui a des suzes de bracchitta
C’est la savane
C’est la bureté
C’est la folie allemande Qui a des noces pour se distraire
et un poignet pour dire la messe
L’arôme enfle dans le crépuscule ispanar qui courroie le bleu givré
Cendrillon boréale
Fumée
oeuf
noeud
Ouggue-aglinde Sol péfé
Fille frolonde huc

1950-1951. [Étal Mixte]
Claude Gauvreau.

RECUL

Des voix sans pore me disent que je mourrai enflammé dans la
carbonisation
Ce n’est pas vrai
Je suis dieu pour mes sourires secrets
Et en vérité je suis moi-même
Franc noble et plein de liberté
Draggammalamalatha birbouchel
Ostrumaplivli tigaudô umô transi Li

1961. [Poèmes De Détention]
Claude Gauvreau.

56

Voluthlècle les criastons ogchuptent les tris du trayon à traîne
seyante
L’ogduma de la Douma à ventuple exacte et brêle
Le chibois à uspuches transgondeines et galiwouples
Les françoises à mehxéflogrées flouriennes
Les bassaculacles à brosbeines étiaumbles
Les cartouches à duplex dorcanés
Et les chiens rouges à rochelles incarnates
Les concierges à cadenas isocèles
Les dréoumens à duxpugles bicolèthes
Les dravlées à drauglas digojbèsles
Les atomes à capuches socialistes
admirent les deux cuisses de Françoise Arnoul

22 août 1965 au 7 mai 1967. [Les Boucliers Mégalomanes]
Claude Gauvreau.

4

gastribig aboulouc nouf geûleurr naumanamanamanamouèr agulztri stubg-
lèpct olstromstim ulzz stupp lûdzz lagauzniopc légo lagoztropche
agouannse légblé atoutss stroumblamblam lighili auz urm lumn
stréglo flaf aflafl aflafl aflaf fréné ghudughé agoldogle sirmounx
afré stinkchle grédlamouèr luce amoustroufle gudd putt putt abuzdlu-
fle ozcrondche grutche agrégutche glussmlâ mouorte meûlze mouof
woulplof pufft tpufft aglinnslanne solss apébècht clarolinaclannna-
clunnaclubec

6 octobre 1968. [Jappements À La Lune]
Claude Gauvreau.

***

CLAUDE GAUVREAU – La Nuit de la poésie 27 mars 1970 :
………………………………………………………………………………………………………
FATIGUE ET RÉALITÉ SANS SOUPÇON, Les Entrailles (1945). [0:52]
SENTINELLE-ONDE, Étal Mixte (1950-1951). [2:42]
RECUL, Poèmes De Détention (1961). [7:06]
56, Les Boucliers Mégalomanes (22 août 1965 au 7 mai 1967). [8:00]
6, Jappements À La Lune (6 octobre 1968). [9:30]
………………………………………………………………………………………………………

***

« ÉNUMÉRATION »
lecture de Gérald Godin à la Nuit de la poésie, 27 mars 1970.

les coquerelles de parlement
les patineurs de fantaisie
les zigonneux d’élections
les tarzans du salut public
les écrapoutis d’assemblée nationale
les visages de peau de fesse
les toutounes de la finance
les faux surpris de mcgill
les plorines des sénats
les savates de nos sociétés nationales
la puanterie des antichambres de ministres
les va-la-gueule de l’égalité ou l’indépendance
les poubelles du Canada mon pays mon profit
les regrattiers de la patrie
dans les pawn-shops de la nation
les écartillés de l’honnêteté
les déviargés de la dignité
les pas clair-de-nœuds
tous ceux qui ont des meubles en cadeaux
les baveux du million mal acquis
les éjarrés de la vente au plus offrant
les peddlers du fédéralisme enculatif
la ratatouille du pot-de-vin
les trous d’eau de radio-cadenas
les passeux de sapins
les fafineux de la trahison à crédit
les taches de graisse sur la conscience

de tous ces trous-de-cul
on a notre maudit tabarnaque
de cinciboires de cincrèmes
de jériboires d’hosties toastées
de sacraments d’étoles
de crucifix de calvaires
de couleuré d’ardent voyage

1970.
Gérald Godin.

Gérald Godin à la Nuit de la poésie 1970:

***

Cabotinage de Gérald avec Pauline Julien, sous le regard amusé des poètes Paul Marie Lapointe (à gauche) et Roland Giguère (à droite). Montréal, novembre 1974 (Photo Kero).

***

Denis Vanier – Allô-police [La Nuit de la poésie 27 mars 1970]:

***

Michèle Lalonde – Speak White [La Nuit de la poésie 27 mars 1970]:

***

Une réflexion sur “#GGGi : Gauvreau Godin Giguère

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