Lettre ouverte à Daniel Théoret, matricule 1306 (et ses collègues du SPVM)

Salut Daniel!

On a pas tellement le temps de se parler, quand on se croise dans les #manifencours.
C’est un peu dommage, parce qu’on pourrait sûrement s’en apprendre beaucoup, l’un et l’autre, en discutant un peu plus.

Tu me demandais donc, l’autre jour, pourquoi j’étais là tous les soirs (ce qui est faux, tu sais bien que j’ai mes soirées de repos, moi aussi, ou des empêchements).
Et puis, un autre soir, une de tes collègues m’a demandé pourquoi je « lâchais pas »… Ah bon?

Comme je me réjouis de vous voir si curieux, et que vous êtes plusieurs à vous poser des questions, je me suis dit que je pourrais t’écrire un petit mot, que les autres pourront lire aussi.

***

Vois-tu, j’ai emprunté la rue, au départ, comme un simple touriste.
Sympathisant de la cause étudiante, que je suivais de plus en plus, j’ai croisé une mer de marcheurs, en rentrant du travail : j’ai posé le bixi dès que j’ai pu, et j’ai marché avec eux.
Ça a pas fait mal. Au contraire.
Mais j’ai été un peu surpris d’apprendre le lendemain dans les nouvelles que ces milliers de personnes étaient 300. Ah bon? Ah, mais si on lisait bien les détails on pouvait voir que c’est les 300 qu’il y avait au départ, en début de soirée pluvieuse, et pas le fleuve de monde que j’avais vu passer 2/3 heures plus tard…
Il me semble qu’il ferait plus de sens de compter l’ensemble des participants sur la durée de l’événement que les seuls zélés qui sont là pour la première partie, mais bon, c’est pas exactement le même genre de spectacle, et peut-être des questions qui ne t’intéressent pas.

Un autre soir, j’étais à la maison quand j’ai entendu les cris, les sifflets, l’appel du peuple dans la rue : fallait bien aller voir ce qui se passait un peu. C’est discutable, mais d’aucuns dirait que rendu là, ça a quelque chose d’un devoir citoyen, même…

C’est un de ces soirs-là qu’on s’est croisé la première fois, tu te rappeles?

Tu étais en vélo, avec le reste du crew, et puis tu m’as crié quelques fois « Hey! Je te connais toi! Je te connais!« …
Moi, tu sais, il y a quelqu’un qui me dit que j’ai un sosie au deux mois, à peu près, alors forcément, je me braque un peu: « Qu’est-ce qu’il me veut, lui? De quoi il peut bien me reconnaître, je suis juste venu faire quelques tours de temps en temps? Il veut me mettre de la casse d’un autre sur le dos, ou quoi? »

Mais non, rien de ça, c’est tout bêtement qu’on est allé à la même école!
Pas qu’on ait été potes, t’étais deux années plus vieux – un gouffre, au secondaire – bravo, parce que moi je t’aurais jamais reconnu. Je l’ai tellement pas vu venir!

Alors désolé si je suis parti un peu vite : si c’était le 14 mai, c’est qu’en plus j’étais pas mal sur les nerfs à cause d’une souricière surprise…

Je ne sais pas où tu étais, alors, mais moi je suivais la foule qui montait St-Denis, entre Ontario et Sherbrooke. Il s’est mis à y avoir un peu de tension entre des marcheurs qui prenaient des pancartes de la ville comme percussion, et des émeutiers en uniforme qui n’appréciaient pas.
Une petite foule se masse, observe la scène, mais assez rapidement, le petit jeu mutuel de confrontation fait son temps, et les gens repartent tranquillement vers le nord. On marche un peu, et subitement je vois tout le monde qui tourne et court dans la petite rue cul-de-sac, en haut de la côte!
Je n’y comprends rien, jusqu’à ce que je voie une vague de boucliers, bottes et matraques qui déferle vers la foule, maintenant plus ou moins en panique. Comme eux, je comprends assez vite le message, et je vire de bord, mais une autre vague remonte du sud, et nous cerne, en plein milieu de ce bloc où tous les immeubles sont collés, et il n’y a pas d’autre issue que la rue.
Un des moments les plus absurdes que j’ai vécu, t’as pas idée, parce qu’à deux mètres de moi, les clients de la terrasse du resto/bar/café se posent visiblement les mêmes questions que moi…

Je vais voir les agents pour éclaircir la situation, mais ils ordonnent seulement de circuler, pointant vers le nord où il y a deux fois plus de leurs semblables.
Perplexe, je saisis mal la logique à l’oeuvre, mais j’ai eu depuis l’occasion de la revivre encore le 19 mai, peu avant que l’ambiance ne s’enflamme, quand des casqués nous criaient sur le trottoir presque désert devant la grande bibliothèque, sur Berri, de nous « disperser » vers l’énorme foule qui quittait le parc Émilie-Gamelin, de l’autre côté.
C’est assez manifestement un cas de double-contrainte (le « double-bind » de Bateson, un concept que tu connais peut-être, en psychologie, portant plus particulièrement sur l’étude de la schizophrénie). En gros, c’est lorsqu’une autorité inflexible donne deux ordres contraires, qui en se contredisant rendent l’obéissance, même volontaire et de bonne foi, impossible. Si c’est voulu, je confirme : c’est vraiment très efficace pour traumatiser, mais je ne comprends toujours pas en quoi ça peut bien être constructif pour disperser les gens.

Bref, ce premier soir, après que je me sois glissé dans une petite brèche pour observer la scène d’un peu plus loin, mais plus encore demander à un agent ce qui se passait (un avertissement avait été donné, probablement en tête de manif), j’ai été rassuré de voir la foule être enfin libérée un peu plus tard.
Tout ça pour dire que si c’est bien ce soir-là qu’on s’est d’abord croisés, j’espère que tu comprendras maintenant pourquoi j’étais pour le moins ébranlé, et pas très à l’aise pour jaser.

Mais, bonne nouvelle, j’ai plus tard eu la joie inénarrable de vivre, sur ce même petit bout de béton, un des plus beaux moments de ce printemps érable.
Je ne résiste pas à l’envie de te le raconter en vitesse : le soir du 23 au 24 (le fameux soir de la souricière Sherbrooke/St-Denis), si tu étais de fonction tu te rappelleras certainement que c’était aussi un des premiers soirs où les manifs de casseroles de quartier sont devenues mobiles.
Et pas juste ça, mais en plus elles se rencontraient, fusionnaient, et continuaient la fête ambulante, un vrai casse-tête pour vos twitteurs qui n’arrivaient plus à suivre!
J’avais d’autres plans, ce soir-là, en plus, mais j’ai été happé par un fleuve joyeux, avec qui j’ai payé une petite visite à Radio-Canada, jusqu’à ce qu’un ami me texte pour me demander si je m’étais perdu en chemin. Sa réponse vaut la peine, quand je lui dis qu’on a l’air de remonter vers eux, alors je m’en viens : il me dit « tsé, les manifs, c’est pas du transport en commun… » Avoue, elle est forte, quand même!

Ok, alors on arrive sur Ontario, de l’est, et des agents bloquent Berri vers le nord. Pas grave, on continue vers l’ouest. Mais là on arrive au coin de St-Denis, le fameux coin qui a goûté au sang de Gauvreau en 1971, et au cendres de cônes quelques jours plus tôt quand la fête prévue avait été dissoute pour être remplacée par un BBQ impromptu. C’est plein de caméras, c’est malade. Des gros médias, des plus petits (des médiums?), du monde avec des téléphones, de tout.
Une ligne de policiers bloque St-Denis vers le nord, et c’est vrai que ça fait des bonnes photos, alors je me gâte aussi. Le monde se masse, il est passé minuit mais la foule est vraiment en forme. En gros, c’est les restants des casseroles de Masson, Rosemont, Plateau, je pense, mais va savoir… Aucune idée si quelqu’un là-dedans se doutait le moindrement de ce qui se passait, juste en haut de la côte, mais moi j’en avais aucune idée.

Et là, un moment incroyable : la foule, peu à peu, fait reculer la police. Pas par la force, pas par la moindre menace, non. Juste par le nombre, par la masse, par l’énergie littéralement débordante de ces danseurs, de ces percussionnistes, de ces sourires fendus jusqu’aux oreilles. Du jamais vu (pour moi, en tout cas)…

La ligne d’agents se met vraiment à marcher par en arrière, en se regardant nerveusement – j’en vois un qui trébuche – puis, tout d’un coup, ils se retournent et partent à courir vers le nord!
On entend une explosion de cris de joie de la foule, qui court à leur suite!
Mais je te dis que quand il y en a un qui se retourne pour pointer son arme, il a subitement un peu plus de place derrière lui…

On monte, comme ça, jusqu’à peu près la même place exactement où j’avais eu droit à ma première vraie frousse.
Mais rendu là, on voit que le haut de la rue est bloqué : je vois, trop pour les compter, plusieurs lignes d’agents anti-émeute, il me semble voir les chevaux derrière, des camions, etc.

C’est à ce moment qu’une grappe de casques descend la rue, pour empêcher la joyeuse meute de continuer à avancer.
Avec tout le bruit et la menace qu’ils peuvent tirer de leurs bottes et boucliers, ils freinent le bel élan de la foule, mais ne la dispersent pas, elle tient bon.
Le temps qu’ils aient rejoint la foule, ils sont là, à ne pas savoir que faire de leurs matraques, confondus par cette masse dansante, chantante, jubilante qui n’a pas peur d’eux.

C’est la plus belle et spectaculaire démonstration de la force tranquille du FUN, d’un peuple sans peur et sans agressivité : ce ne sont pas des armes ou des menaces qui auront fait reculer les agents et résisté aux émeutiers, ce sont des casseroles et des sourires…

Bien sûr, tout le monde, le lendemain, ne parlait que de la souricière, l’arrestation de masse.
Y’avait de quoi, c’est sûr, mais pour moi la grande nouvelle de la veille, c’était plutôt cette scène qui s’est jouée juste à côté. Tellement proche que je me demande encore ce qui serait vraiment arrivé, si au lieu de danser sur St-Denis, la foule s’était avancée, encore un peu plus, jusqu’à Sherbrooke…

***

Avec tout ça, j’ai oublié de mentionner le principal facteur qui m’a fait passer d’un simple touriste de manifs à un participant concerné (comme le sont, qu’ils le considèrent ou non, tous les Québécois, vous et vos familles aussi) : l’infâme, ignoble et grotesque putsch de la loi 78…

Je sais, je sais, tu trouveras peut-être que j’exagère.
C’est, en tout cas, l’avis de bien des gens qui n’ont pas lu le texte de la loi, qui n’ont pas réfléchi à tout ce qui s’y trouve, qui ne réalisent pas l’ampleur de l’arnaque, et de l’insulte inacceptable qu’elle représente pour tous les Québécois, morts, vivants et à venir.

Mais n’en déplaise aux dupes qui pensent que cette loi « imparfaite » puisse avoir la moindre légitimité, ce n’est pas vrai : d’emblée, par son esprit perfide et mesquin, pour ne pas dire dangereusement, criminellement irresponsable, elle n’avait aucune crédibilité.
Même avec ces quelques amendements, qui sont venus arrondir un peu les plus sordides aberrations qu’elle contenait, elle demeure un crachat législatif, un étron lancé à la tronche d’un peuple méprisé en spectaculaire impunité.

Projet de loi 78

Savais-tu que la première version du projet était encore pire, sans date d’expiration, notamment?

« À l’origine, «il y avait encore plus de mesures d’encadrement pour les manifestations», a confié un témoin des discussions.
De plus, dans son plan, Québec ne prévoyait pas de clause «crépusculaire», alors que la loi telle qu’adoptée cesse d’être en vigueur à compter du 1er juillet 2013. » […]
Une autre disposition envisagée un moment par Québec aurait permis de procéder à la désaccréditation des associations étudiantes proposant des débrayages illégaux. On a plutôt opté pour une autre mesure sévère, la fin du versement des cotisations. Intéressante à première vue, l’option de la «désaffiliation» comportait une conséquence embarrassante: au lendemain de l’adoption de cette loi, le gouvernement se serait retrouvé sans interlocuteur légitime. […]
C’est d’ailleurs deux lois spéciales plutôt qu’une seule qui avaient été soumises au comité de législation. La première portait sur la suspension des trimestres, la seconde touchait les questions de sécurité publique. Pour éviter deux bâillons à l’Assemblée nationale et surtout tenter d’enfouir les dispositions plus controversées sous les articles traitant d’éducation, on a fusionné les deux projets. Le résultat est une loi appliquée par la ministre de l’Éducation, mais dont une section relève de son collègue à la Sécurité publique. Une loi bicéphale, donc, ce qui est plutôt inusité. […]
«Le projet de loi est tough, mais moins que ne l’auraient souhaité certains», a résumé l’un des protagonistes, rare partisan de la ligne modérée.
Parmi les tenants de la ligne dure figure Raymond Bachand […] Michelle Courchesne […]
D’autres partisans de la ligne dure? Clément Gignac, Sam Hamad, Jean-Marc Fournier, Laurent Lessard, Lise Thériault aussi, galvanisée par un certain succès avec des mesures musclées en construction. […]
Parmi les ministres moins enthousiastes à l’égard de la loi spéciale, on trouve Julie Boulet, Yolande James, Marguerite Blais et Geoffrey Kelley, mais il semble que ce camp moins déterminé n’a pas mis beaucoup d’énergie pour freiner le clan des «faucons» qui dominait clairement autour de la table du Conseil. »

Loi d’exception: la première version était plus draconienne [Denis Lessard, La Presse 23 mai 2012]

C’est certes la pseudo-loi telle qu’elle existe aujourd’hui, qui nous encombre, mais c’est l’idée et la nature même de la loi qui est inacceptable.

Pour moi c’est ça qui ne passe pas, et que je ne pardonnerai jamais au crétins fascistes du PLQ et de la CAQ. Que l’indignation plus que légitime de l’opposition ait pu faire introduire quelques changements, plus ou moins majeurs, ça ne change rien du tout.

Le vrai scandale de la loi 78, c’est d’abord simplement que nos plus-ou-moins-élus aient le culot de penser introduire une telle pourriture en tant que loi, en amenant sérieusement d’aussi monumentales conneries à la table.

Nous voici, plus de 2 mois plus tard, et je n’en suis toujours pas revenu.
Toujours aussi dégoûté de la mauvaise foi des criminels abusant d’un pouvoir qu’ils déshonorent plus que jamais, maquillant maladroitement leur déclaration de guerre envers le peuple en simple mesure d’accès au « droit à l’éducation ».

Certaines personnes sont inexplicablement allergiques aux comparaisons, et poussent des grands cris dès qu’ils entendent certains mots… Pour eux, avertir un peuple qui se fait criminaliser jusqu’à l’absurde, et bien au-delà, sous le couvert d’une « résolution de conflit », que cela donne au Québec d’aujourd’hui un petit arrière-goût d’Allemagne des années 30 serait une grave faute de goût (ou bien pire encore).

Je suis sincèrement, profondément navré par leur naïveté.
Elle est infiniment plus grave que « l’ignorance de l’histoire » qu’ils déplorent aux autres, alors même que la leur s’étale au grand jour.
Leur passivité, leur refus de considérer les implications et conséquences de mesures aussi démesurées, leur obéissance aveugle à des criminels et menteurs confirmés, tout cela et bien plus encore est précisément ce qui nous oblige à sonner l’alarme d’une intolérable dérive autoritaire, et de l’incompréhensible docilité d’un peuple qui s’y soumet sans réfléchir.

Le pire, c’est que ce sont souvent les mêmes qui braillent des larmes de crocodile en disant « plus jamais », et qui s’offensent dès qu’on leur suggère la possibilité que cette sale loi puisse avoir de nombreux points en commun avec certains des pires régimes que l’on ait connu.
Bien sûr que non, bande de caves, le Québec des années 2000 n’est pas l’Allemagne des années 30, Jean Charest n’est pas Hitler, il n’y a pas de camps de concentration. Mais ce n’est pas une raison pour se laisser niaiser par un état policier au service du pillage des ressources naturelles, qui criminalise d’emblée toute manifestation, toute opposition légitime à ses scandales en série.

J’invite au passage tous les Schtroumpfs-à-lunettes trop contents de se trouver drôles et/ou malins avec leur « point Godwin », et en général tous les primates à deux dimensions incapables de différencier le langage du réel à s’informer sur la définition de ce qu’est une comparaison : sans trop vendre le punch, je dirais déjà que souligner des points de rapprochements entre deux situations très différentes n’implique et ne nécessite aucune équivalence totale.

Quand vous reconnaissez une étincelle des yeux de votre grand-père dans ceux de votre petite fille, vous êtes capables de garder à l’esprit qu’il s’agit de deux personnes différentes, n’est-ce pas?
Vous pouvez gérer, mentalement, cet exercice établissant un lien entre deux entités distinctes?

Maintenant calmez-vous, et cessez de crier au « manque de respect » dès que quelqu’un commet le crime impardonnable de « comparer » une chose avec une autre. Si la comparaison est conne, faites-le savoir et contribuez au débat de manière constructive, mais votre petit jeu de manipulation émotive est ce qui fait réellement déshonneur aux victimes passées que vous prétendez défendre.

***

Bon.

Avec tout ça, Daniel, tu sais maintenant à peu près pourquoi j’ai commencé à marcher dans la rue, et un peu pourquoi j’y suis retourné. Mais je n’ai pas encore vraiment répondu à ta question : pourquoi y être encore, soir après soir, en plein été?

Quand nous étions des milliers tous les soirs, en mai, il était encore possible d’espérer congédier ce gouvernement criminel et corrompu.
Mais les gentils Québécois, bien qu’ils avaient (et ont encore) toutes les raisons de le faire, ont préféré retourner à leurs occupations, et attendre les élections ignobles et grotesques prévues et voulues par Charest et les bipartistes du PQ.

Quand nous étions des centaines, en juin, nous avons célébré une 50e manifestation nocturne, surpris nous-mêmes de la détermination des manifestants.

[Ah tiens, en passant, sais-tu ce qui est arrivé à cet homme dans la cinquantaine au moins, arrêté et frappé par la police sur St-Denis, le soir du 16 juin? Je ne l’ai jamais revu depuis, et je m’inquiète un peu pour lui, ce serait bien d’avoir de ses nouvelles.]

C’est le 18 juin qu’on s’est finalement recroisés, tu te rappelles?
« Qu’est-ce que tu fais là, voyons, t’as 30 ans!« , me disais-tu, sur un ton tellement méprisant que je n’ai pu m’empêcher de rigoler…
Je rigolais moins quand tu m’as fait une scène en refusant de me donner ton matricule, mais une chance pour toi et le respect de la loi, on a pu se reparler un peu après, pendant une arrestation, et tu as eu l’honneur de me le donner.
Alors, ça a tu fait mal? Est-ce que je t’ai harcelé, déposé une plainte infondée, fait de toi une « vedette » à la 728?

Ben non, comme tu vois, pas pantoute : j’ai juste appris à te connaître un peu mieux.
J’ai même pu apprendre que la fois où tu as eu une citation au comité de déontologie policière pour « ne pas avoir utilisé avec prudence et discernement une pièce d’équipement, à savoir un véhicule de patrouille », quand tu as eu un malheureux accident en répondant à un appel d’urgence, tu avais eu la noblesse de sortir de ton véhicule, blessé, pour aller aider les autres accidentés. Chapeau, Daniel, c’est tout-à-fait louable, et je t’en félicite. Ce faisant, tu as gagné un respect de ma part que tu n’aurais certainement pas eu si tu t’étais contenté de te moquer de moi sans honorer tes obligations (section II, article 5)

À ce propos, tu as lu, j’espère, les lettres à votre attention de René Forget? Je te redonne le lien, au cas où t’aurais des collègues qui les auraient manquées : Lettre ouverte aux policiers, de la part d’un ancien confrère à la retraite (René Forget), surtout, mais aussi L’ex-policier René Forget remet en question le policier interviewé par le Journal de Montréal.

 

C’est rendu en juillet, quand nous n’étions plus que des dizaines, que tu m’as demandé pourquoi j’y étais encore. Alors, pourquoi?

Parce que les médias, qui peu avant en parlaient encore, même si c’était à tort et à travers, avaient alors complètement arrêté de faire leur travail. Ne restaient plus alors que des citoyens-twitters comme l’inestimable, admirable et adorable @frogsarelovely pour informer les gens. Et les gens sur twitter, crois-moi, sont assoiffés d’une couverture en temps réel qu’ils n’auraient simplement pas autrement.

C’est vraiment pas facile, twitter des photos qui ont de l’allure avec un ifon, le soir/nuit, d’une manifestation toujours en mouvement, sans s’enfarger ou foncer dans un poteau (ou un de vous), mais je peux t’avouer un petit secret : c’est aussi très, très le fun…
Je trouvais tellement dommage qu’il n’y en ait pas plus pour partager ce plaisir, mais depuis peu, on voit des nouveaux twitteux s’y mettre et c’est très encourageant, car c’est aussi une responsabilité qui peut être lourde à porter pour de simples bénévoles, et plus il peut y en avoir, mieux c’est.

Et puis honnêtement, Daniel, y avait-il tant de choses plus formidables à faire cet été à Montréal que de venir être témoin et participant de ces petites et grandes batailles quotidiennes d’une lutte populaire inouïe, qui change enfin un Québec mou, tiède et endormi?
Qu’est-ce qui serait normal? Retourner consommer des produits culturels et alimentaires, n’aspirer qu’à passer du bon temps avec des amis comme si de rien n’était?

J’ai la chance d’observer et aider si je peux un grand mouvement social planétaire, en faisant ma petite part de rien du tout au Québec (où c’est tout calme et tranquille et douillet), pour enfin que l’humanité arrête de se laisser exploiter et traiter comme du bétail, et je devrais préférer aller voir des films ou boire de la bière?

Pffff… quel ennui, dans le fond.

La réalité, notre réalité est bien plus intéressante que n’importe quelle fiction.
Ou, je pourrais dire plus cyniquement que dans notre société du spectacle, le show que vous donnez aux manifestants, et réciproquement, est bien meilleur que n’importe quelle autre mise-en-scène disponible au simple citoyen-client passif que je devrais accepter d’être.

Parce que même si, de l’extérieur, chaque soir peut sembler identique et de plus en plus insignifiant, ce n’est pas le cas du tout : chaque soir est unique, et permet de nouvelles rencontres, de nouvelles perspectives.
Bien sûr que quand c’est une trentaine de personnes, qui marchent quelques coins de rue sous la pluie avant de se faire tasser sur le trottoir, ça ne risque pas trop de faire tomber le gouvernement Charest.
Et alors?

Y aurait-il eu des dizaines de milliers de marcheurs dans les rues, le soir du 15 juin, après le show de Loco Locass, sans eux?
Y aurait-il eu des milliers de marcheurs, le 7 juillet, pour la 75e marche consécutive?
Y aurait-il eu encore plus de marcheurs, ce soir du 1er août, pour souligner rien de moins que la 100e?

L’absence de couverture médiatique, la persistance du symbole, certes tout cela est important et explique en partie mes motivations, mais c’est aussi un peu froid, pas très humain.

Bien au-delà des plaisirs superficiels des manifestations nocturnes, si je sors encore dans la rue, à chaque fois que je le peux, c’est parce que je viens voir cet assemblage hétéroclite et surprenant de gens qui se présentent encore, soir après soir, pour vous défier même s’ils savent que cela ne changera à peu près rien, et qu’ils recommenceront le lendemain.

Je viens voir ces braves se faire arrêter, se faire donner des contraventions absurdes et arbitraires.
Je viens les voir se faire niaiser par toi et tes collègues, qui vous moquez d’eux sans égards pour votre propre code de déontologie.
Je viens les voir tenir tête à vos petites et grosses niaiseries, je viens voir leur dignité face à votre violence et votre bêtise.
Je viens les voir car je les aime et je les admire, car ils ont du coeur, du courage, et même si tel soir, nous parlons peu, pas un soir, pas une marche où ils ne m’aient appris quelque chose.

J’y ai beaucoup réfléchi, et voilà, je crois, la chose qui me donne envie de revenir, soir après soir, bien plus que la curiosité, l’adrénaline et l’inestimable sympathie que j’ai pour mes camarades citoyens : ils me font apprendre.

Toi aussi, et tes collègues, vous m’apprenez beaucoup (c’est bien qu’on se parle un peu, même si c’est pas toujours facile) : avec tout ce temps qu’on passe ensemble, vous commencez aussi à faire un peu partie de la gang…
Les gens qui nous voient passer dans les rues, et nous crient des injures ou des encouragements, m’apprennent beaucoup, aussi, même si on a rarement le temps d’échanger autant qu’on le devrait.

Même si je le voulais, Daniel, je ne pourrais pas te faire réaliser tout ce que j’ai appris, depuis quelques semaines, quelques mois, le soir à marcher dans les rues de Montréal.

Je ne peux le décrire, mais je sens et je sais que j’ai plus appris dans la rue, entre le peuple et la police, que je n’aurais appris dans n’importe quelle salle de classe. Et à chaque fois que j’y retourne, j’apprends encore : qui aurait deviné que de simples manifestations seraient aussi éducatives?

***

Ainsi, ce soir, c’est la 100e.
Les gens, qui aiment bien les chiffres ronds, ressortent leurs casseroles et se préparent pour une grande marche… ça va être beau.

Est-ce que ça va retomber, ensuite, et revenir aux petites marches symboliques de juillet?
Ou est-ce que les marches vont reprendre, malgré les élections, malgré la bataille à venir du retour forcé en classe?

Aucune idée.
Mais je ne doute pas que, quoi qu’il arrive, avec les marcheurs, les étudiants, les parents, les badauds, dans la rue ou non, j’aurai encore de nombreuses occasions d’apprendre.
Et ce qui est beau, c’est que c’est la même chose pour vous : les agents curieux comme toi, ta collègue Claudia, ou l’agent [Bovet/Beauvais?] de la Brigade Urbaine qui hier me demandait pourquoi je prenais des photos.

Si tu as d’autres collègues curieux de comprendre un peu mieux ces gens, qui marchent tous les soirs pour eux, et leurs familles, malgré la fatigue et les menaces, tu peux leur partager cette lettre, ne te gênes pas.
Mais n’oubliez pas que je ne peux parler que pour moi, et que rien ne vaut l’apprentissage que vous ferez vous-même, avec nous tous, dans la rue.

Au plaisir de t’y recroiser,

Marco.

12 réflexions sur “Lettre ouverte à Daniel Théoret, matricule 1306 (et ses collègues du SPVM)

  1. Très belle lettre Marco! Très touchante aussi… J’ai commencé à la lire hier en écoutant CUTV, je l’ai glissée dans mes favoris et je la termine ce matin avec un café. Et je comprends pourquoi j’aime te suivre, soir après soir depuis… assez longtemps🙂. Tu pourrais dire à ce policier que tu as des «fans» sur Twitter qui apprécient ton travail d’archives… Tu pourrais lui offrir une photocopie de la lettre de René Forget aussi… question d’apprentissages. Tu pourrais également lui dire que la population n’approuve pas leur comportement, leur soumission, leur instrumentalisation, leur violence, leur agressivité (la liste des blessés est trop longue)… et qu’un jour, ils auront à répondre de leurs gestes. Et ce jour là, toi, tu pourras le regarder droit dans les yeux, la tête haute, l’esprit libre, fier des choix que tu as faits. Je ne suis pas certaine qu’ils pourront en faire autant; leur manque de courage et d’indépendance d’esprit semble systémique. En fait, vos actions passeront à l’histoire pour des raisons fort différentes; celles des manifestants sont légitimes et constructives; les leurs sont répressives et indignes. Bravo Marco! Et merci d’avoir pris le temps d’écrire ce texte🙂.

    Monique Hamel

  2. Euh, juste une question comme ça. Penses-tu que ce policier va être capable de lire ton texte jusqu’au bout ??? Et encore, de le comprendre ??? Ces gens-là ne lisent pas, ils ne pensent pas, ils ne se conscientisent pas. Pas de casse-tête ni de complications, pas de « pelletage de nuages ». Ils exécutent, point, sans trop se poser de questions. Tu as écris un texte difficile à comprendre pour ocres. As-tu déjà suivi un cours de philo avec des policiers ? Je t’assures, tu ne veux pas vivre ça !

    Bravo pour ton texte, bravo pour ta lucidité et ton courage ! Lâche pas !😉

    <>

    On entre dans la police comme on entre en religion. ;-(

    Rachel Landry

  3. OUPS …. J’oubliais ;

    « If you rearrange the letters in « faith » you get the word « microwave ». Don’t test it out. Just believe me. »

  4. Et j’ajouterais …..

    « TIN MON CÂLISSE ! Arrreurrrgr grgnommme &?%?(())*?$#@!

    Pas pu m’en empêcher ;-(

  5. Euh … je voulais dire, pour paraphraser ce brillant gorille ;

    “TIN, D’IN FESSES MON CÂLISSE ! Arrreurrrgr grgnommme &?%?(())*?$#@!

  6. Some people seem to think that Theoret 1306 was the one who attacked the 60 year-old Jean on 18 August. Was it him or was he the one who was snatching the girl and thus the one Jean was supposedly trying to « assault » for which he is charged? The event used as an excuse to brutalise this person.

    1. If I understand your question properly, I unfortunately must say I don’t know, because those crucial first seconds went by so fast I would not want to make statements I’m unsure of. Considering the delicate nature of the situation, do pardon me for being cautious, but I would neither want to risk exposing myself to accusations of slander, nor provoque undue animosity towards a man who, however disgusting his actions may be confirmed to have been, deserves a fair trial.

      However – excuse me for stating the obvious – but for a trial to be fair, it first must exist, yet without public scrutiny into this matter we sadly have many reasons to doubt that will ever happen, and what’s more you ask a valid question, so I will try to answer.

      There is a section of Ste-Catherine, from St-Laurent to Ste-Dominique, that (I finally understood as I’m writing this) is a transition between the « Zone Piétonnière », west of St-Laurent, and the regular, car-owned street [sidenote: in India, cows are sacred, and you’d better not mess with them. Seems in Montréal, cars hold that sacred position].
      I say transition because it is paved just as the walking zone is, but then Ste-Catherine returns to regular pavement east of Ste-Dominique, and if I recall correctly, that zone was often part of this summer’s festivals, swarming with people. I explain all this because that is precisely where the incident happened.

      After earlier arrests that evening, the demonstration had obviously thinned down quite a lot, and participants accepted the demand of the SPVM not to take the street, and obediently walked down St-Laurent on the sidewalk, not so much pursuing the march as symbolically going back to the departure point. It is only when the group turned left, east on Ste-Catherine, that people, under the impression that they were back on a walking zone, naturally walked in the middle of that street, as they do without question even by police when they are in the village.

      But after just a few seconds, some people realized that this section was not so pedestrian as it seemed, but by then suddenly came the order to immediately go back on the sidewalk. By the time the incoming swooping bikes reached the group, most if not all of the group was indeed actually back on the sidewalk, except for those who were crossing the street, in that small space between two blocks.

      Were there more, or only those two?
      Why would they be arrested at all if they were simply crossing the street heading east, just about to reach their intended sidewalk, as was my impression from the movement of the crowd?

      Sorry if this disappoints, but I just don’t know : it happened VERY fast.
      I had just crossed the street specifically to look out for another protester that had lived through a bad experience the night before, so that was my initial focus, but all of a sudden I heard and saw, shocked as everyone was, police rudely arresting those two protesters.

      It was also my impression that one had come to the rescue of the other, but by then I could not say which it was, only that they were being separated, and that is when I started to film. Then Jean was held in a neck-lock as he was pinned to the ground, and as far as I can tell, I am quite sad to say it is indeed Mr Théoret that I recognized as being that very brawler.

      However I must warn against the ambiguity of your wording : though the statement of events you present is likely, it is far beyond my reach to confirm who « attacked » who, or technically who made initial contact, as I did not see that, so please, you or anyone else, do not interpret my confirmation that 1306 was involved in this event as anything more than that : what he did exactly I absolutely don’t approve as it is an obviously, blatantly over-the-top use of violence inflicted upon a harmless man, but, as much as it disguts all of us, he has, however dubious/false it can turn out to be, a claim to some »legal authority » to do so.

      Allow me to explain by drawing a parallel with another similar event : at another such end-of-demonstration-on-the-sidewalk, I suddenly heard a policeman order one of the people walking directly in front of me NOT TO TOUCH HIM. Then he ordered him again a few times, louder each time. I had been distracted on the phone, but I had not seen/felt any particular movement, so who knows exactly? Not me, but if there was indeed some contact, it sure wasn’t much, and it was to be expected as we were a group of people who’d just crossed the street, then squeezed on the sidewalks by those very bike cops.
      He might have touched him by accident, he might have touched him as a tease/challenge, or not at all, I don’t know. But from the moment I lifted my eyes and heard the increasingly aggressive orders not to touch him again, that is precisely what I saw him do. He actually significantly increased his ability not to touch that officer again by heading in the opposite direction, but as he accelerated his walk to a run the bike cops called for back-up and arrested him, as a few of us tried to understand why.
      I asked an officer and his answer was, for once, very clear: the charge was « voie de fait » (assault?), and I had to go on my way.

      I expressed my suprise at this charge, as I had not seen anything near to an assault alleged to have taken place a meter or two in front of me, but I quickly understood that my perception of events was utterly irrelevant. The police had their reasons to claim the assault took place, and hence go ahead with charges, and it was a matter of the courts to settle the details.

      Back home, I went and checked what the criteria are for a « voie de fait« , and it confirmed my opinion that the SPVM had absurdly extended the proper terms and definitions, even if I had missed a small, swift, naughty-naughty poke from an ill-advised defiant protester.

      What I can understand from this is that with such a legal mainframe, they are free to arrest and charge as they see fit, regardless of the testimony of direct bystanders. I am certainly not saying I agree with this, quite to the contrary, but it does seem to be the case. Obviously the possibility of eventually being contradicted in court and a saner version of events being rewritten is not a deterrent to « flexible » if not outright arbitrary charges…

      All this to say that the SPVM, and Mr Théoret, quite likely have their (for the time being) legal and disputably legitimate motive to claim Jean was an assaulter, at some point in this event. If that indeed qualifies as such, we know it clearly was a reaction and not something he would ever have done without such a violent police intervention, but I don’t know to what extent that can be regarded as legitimate defense when a police officer is involved, so that is for someone with more knowledge of the law to clarify.

      Do you find this ridiculous, and unjust?
      So do I.

      That is why I certainly hope there will be an official complaint for this case to be looked upon by competent autorities.
      Sadly, those may not be the ones who are currently tasked with the matter, and that is a much bigger problem.

      The fact that this troublesome arrest happened as such, specifically to those two protesters, is another.

      You see, on monday the 13th, after a pretty big protest was over, and we were talking on DeMaisonneuve/Berri, police emptied the park on the other side of the street. I went to grab a bixi before they’d all be gone, and just as I came back, there were those two, standing amused in front of a line of riot cops. Could it be i’m not the only one who noticed that pair repeatedly not quite being as afraid of the professional rioters as they « should » be?

      It’s not something that can be proven, but it could at least begin to explain officers holding a grudge towards them, which in turn would offer some explanation for why all of a sudden, out of a group of protesters going back on the sidewalk as they were told to, these two were involved in an impromptu wrestling match.

      Oh, as long as I’m here, there is something else. You see, on tuesday the 14th I saw Daniel for the first time since I’d written him this letter, and finally got a reaction from him.

      I was a little disappointed he didn’t simply write his comments here, but I was a lot more disappointed by what he said.
      I had decided not to bother mentionning it here, but it has unfortunately become relevant to this whole situation….

      I’d just joigned a small walking group, heading west on the pedestrian section in the village, when Daniel said (not exact words):
      -Marco… Une lettre, à mon nom, sur ton blog… Come on… Pis c’était vraiment long, en plus.

      I was a little surprised, but as I tried to ask him what his issue was, as he had seemed genuinely interested by the question he’d asked me weeks earlier, and I’d taken time to think about it and write back, Jean, who was walking just next to me, voiced his concern over the improper manner in which this officer was suddenly adressing me. I wouldn’t want to jump to hasty conclusions, but that be one of the reasons why, 30 seconds later, Jean was being charged with crossing a red light, diligently tie-wrapped by Daniel (they at least did not seem physically violent that evening, though, and was released after a while).

      I think you’ll agree with me it’s a pretty fine line between trying to state facts and falling into interpretation, so once more I would remind everyone that the appropriate response to obvious abuses as happened saturday 18th should be a calm, rational, legal answer, in an open and understanding manner.

      I say this because I know there are many out there with a seething rage for the police, and though I agree they may often have very good reasons to be furious, I just can’t see more rage and violence as being anything but horribly worse, and a sure way to turn a dreadful situation into a hopeless one. If you’re pissed off at Daniel, then by all means see what you can do to deposit a complaint, but for fuck’s sake stay civilised, or you’re no better than him.

      That is why I have hesitated so long to comment on the recent events, because I honestly do not want anything to happen to him but due justice. Not revenge, but a just, open, clear and thorough punishment.

      Believe me, the weight of seeing my « friend » Daniel do all these things right before my very eyes had hit me.
      I just really did not know what to do about it.

      Well, you have asked me my version of events, so here it is.

      I am very sorry if this does not please you, Daniel, but I cannot be held accountable for your actions : only you are.

      Obviously you did not read Mr Forget’s letter to you guys, urging you to keep that in mind as you were burdened with absurd laws, spiteful citizens and impossible hours.

      Now you have put me in a position where I either shut up, or tell the truth, at the risk of your popularity taking an understandable dive.

      You do know that I didn’t quite do honor, in my original letter, to how incredibly taunting and condescending I’ve seen you act, with me and with every protester I saw you talk to, right? I let that go, because it’s just you doing your clever/nasty schtick: just talk.

      But shamelessly glowing with joy when ticketing a protester 150$ for a cigarette butt thrown on the street is one thing, repeatedly arresting and pouncing on an old man that I admire is quite another. Jean is a concerned citizen, who has every right and reason to be furiously mad about the situation in Montréal, Québec, and the insulting laws that were passed to crush dissent. As a concerned citizen, he just does not have much legal ways to express that anger, so taking part in these nightly marches is one of them.

      Waiting in silence and apathy for an election that has not yet even begun to adress the issues at the helm of the social awakening in Québec, apparently, doesn’t quite do it for him. Does that mean he disobeys too many laws to your taste, or the liking of your superiors? As the very essence of civil disobedience is, well, disobedience, we do have another problem on our hands.

      But it’s not your problem to adress, you’ve already got way too much on your hands. Your responsibility should be to do your work as diligently and professionally as possible, and many, many, many of us feel you seem to be slightly off target, and badly in need of a vacation to calm down and think things through.

      So just as you asked me a question, and got an answer, this commenter also gets an answer.

      I regret that you might feel that « my version » of the truth doesn’t quite paint you in a favorable light, to say only that, but you must understand that you have brought this upon yourself. Some might even say I tried to warn you, and there is truth to that as well, as I hoped you would get to know these people you have to work with a little better, so by all means don’t come crying that I had a negative role to play in your demise.

      Your private life is one thing, but as a public officer, you must be held accountable, so hiding your identity for the sake of an imaginary threat would not only be immoral, it would be illegal.

      Now if you’re reading this, you’ve probably figured out how the comments section works by now.
      So if you’ve something to add, I invite you to let me and everyone else know what you think here, instead of taunting me in the street – that is, if I ever see you there again. To be honest, I don’t think I want to.

      1. I looked at another video taken from across the street and the people were on the sidewalk or the intersection at the sidewalk at the time when the police went after the woman with the red headband and the video shows that she was targeted directly. Heading down St Laurent I had heard that there was a plan to put the snatch on someone…or more precisely that is my memory… I don’t know what the woman with the headband could have done. I was there and the whole thing has upset me deeply. I spoke to you on the way down… remember?… I certainly was not all right then…and that was before that horrible attack and I was in a state of shock after I saw it from across the street. I later saw the video and saw a close up of the face of the man who did this terrible thing and he looked familiar to me. I went to ask people about it, and the name of this other policeman was mentioned, the 1306… Am I saying things that are inappropriate? I’m very sorry if I am.

      2. I think it’s clear that I’m not with the police but perhaps I made a mistake in posting it here under this letter to the police including that agent 1306. I put it here because you know this person and I had heard things about him and his possible involvement with that incident including in a tweet posted by frogsarelovely. I made a search for this agent’s name and number and got this post that I had read in the past. I was startled somewhat by the coincidence. I’m very sorry if my vague post done here caused a misunderstanding. If you have figured out who I am and I hope you have perhaps I can talk about it further if I stumble across you at another one of these events though if you remember what I told you on Saturday, such opportunities may not be possible. I would like to thank you for something in person…

      3. Oh, you shouldn’t worry too much about it. We are only, after all, honestly stating what we believe to be important truths.

        It’d be a damn shame if that were claimed to be « wrong »…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s