frogsarelovely & SPVM [photo @Thien_V]

#freefrogsarelovely

Bon.
Si vous lisez ceci vous savez probablement déjà que la plus pure, la plus forte et la plus aimée d’entre nous a été arrêtée hier sous le prétexte fallacieux de « menaces de mort » prétendument proférées à un policier, détenue jusqu’aux petites heures du matin, refusant de partir sans son ifon que les forces du désordre voulaient garder jusqu’à mardi.

Je n’ai pas le temps ici, aujourd’hui, de faire mon interminable exposé des faits, alors pour plus d’infos, voyez l’article d’@EthanCoxMtl sur le sujet : UPDATED: Student strike stalwart and citizen journalist arrested, held for nine hours.

Si j’écris ici c’est que j’ai un message important à faire entendre à tous ceux qui iront, ce soir, 24 août, à la #manifencours en soutien à @frogsarelovely: https://www.facebook.com/events/512637825429333

Vous êtes en colère, vous êtes furieux, vous êtes en tabarnak?

Moi aussi.

Mais quoi que vous fassiez, RESTEZ CALMES.

Parce que si vous pètez une coche, et virez ne fût-ce que modérément violents, vous faites EXACTEMENT CE QUE VEULENT LES MARIONNETTES DU SPVM et les propriétaires des mains qu’ils ont… qui les font bouger, disons.

Ils savent très bien que leurs accusations ridicules de menaces de mort ne tiendront pas la route, mais ça c’est sans importance : d’ici à ce qu’un juge ait – peut-être – assez d’usage de la raison, d’une part, mais surtout de la volonté de s’en servir, pour le reconnaître, les bénéfices de leur action auront largement dépassé les douteuses conséquences d’une accusation éventuellement, peut-être reconnue fausse.

Je perçois deux intentions totalement flagrantes à cette arrestation :

1. Ils ont enfin un moyen réellement menaçant d’empêcher @frogsarelovely d’aller encore et encore, pas tous les soirs mais autant que possible, dans les #manifencours pour manifester, se manifester et, bien plus grave encore, témoigner en direct des frasques quotidiennes du SPVM (vous pensez que les petites manifs de soir sont plates? c’est que vous n’y êtes jamais allé).

Cette interdiction d’aller au centre-ville en même temps que d’autres manifestants n’est pas imaginaire : au contraire elle est déjà active et applicable, étant comprise dans les conditions de remise en liberté négociées tôt ce matin. Comment cela se traduira dans l’avenir, on ne sait pas encore.

Pour l’instant c’est le 2e point qui est plus urgent à partager:

2. Conséquence immédiate et prévisible de cette offense au bon sens, cet abus grossier des pouvoirs de la loi par le SPVM a aussi pour effet désastreux de potentiellement radicaliser des gens qui seraient autrement restés pacifiques.

Des gens qui n’auraient jamais de leur vie osé lever la main ou même juste le ton envers des policiers, quand on bat sous leur yeux une femme d’âge mur qu’ils admirent, peuvent se laisser emporter par l’émotion, perdre le contrôle, et offrir enfin l’occasion qu’attendaient les policiers pour intervenir avec force, sous couvert d’une légitimité frauduleusement perverse.

Que vous vous considériez ou non comme des « vrais rebelles », je ne pense pas que vous ayez envie de faire EXACTEMENT ce que veulent les agents du SPVM.

Alors gardez ceci à l’esprit, ce soir et à l’avenir : ils ont démontré, au-delà de tout doute raisonnable, qu’ils n’ont aucun scrupule à violer leur code de déontologie (particulièrement la section II, article 5) pour susciter des réactions qui leur permettront alors de passer à l’action.

Je me fous complètement que vous puissiez m’accuser de paranoïa à cet égard : vous ne démontrez ce faisant que votre ignorance.

L’usage systématique de la provocation est un fait bien connu des manifestants réguliers, qui ont souvent appris à leurs dépends qu’ils ont intérêt à ne pas répliquer sur le même ton aux policiers qui se moquent d’eux et/ou les provoquent de diverses manières.

Il ne faut RIEN leur donner : même si vous savez, et que tous vos amis ont vu que vous êtes restés raisonnables et n’avez rien à vous reprocher, ils ont toute la latitude qu’ils veulent pour vous arrêter quand même, et vous faire porter de lourdes accusations aux conséquences funestes.

Il vous faut absolument comprendre que la réalité, les faits et la décence pèsent bien peu dans cette guerre d’usure.

Vous ne me croyez pas?

Je l’ai appris, par exemple, le 15 juillet 2012 – #manifencours nocturne 83 : pour un contact insignifiant, un manifestant a été arrêté sous mes yeux et accusé de voies de fait, en totale contradiction avec la description que donne pourtant la loi de cette offense [http://www.spvm.qc.ca/fr/service/1_3_1_2_violphys.asp].

Bon, d’accord, ça oui, dites-vous, mais la présence ou même l’existence d’agents provocateurs, allons, c’est de la fantaisie, du délire…

N’en soyez pas si certains : renseignez-vous, plutôt, avant de projeter vos préconceptions naïves sur une situation dont vous ignorez les détails, je vous prie. Il existe quantité d’exemples qui le prouvent, et c’est un fait reconnu à reculons par les forces du désordre qu’elles ont souvent eu recours à ce procédé pervers et malsain.

Qu’il s’agisse de l’incitation verbale et matérielle à plus de violence de l’infiltrateur de la cellule Germinal avant le sommet des Amériques en 2001, ou des lamentables policiers déguisés à Montebello (vidéo ici ou ici, plusieurs autres sources et articles disponibles), ce n’est pas de la science-fiction mais une pratique connue.

Mais revenons à nos rues de Montréal, avec un exemple plus précis:

Vous voyez cet homme, qui a engagé la conversation avec @frogsarelovely et l’a rapidement insultée, provoquant la colère immédiate de la foule?

C’est certainement un homme libre, un citoyen engagé qui venait exprimer son opinion de la manière la moins constructive et la plus méprisante possible, et pas du tout un collaborateur du SPVM qui tentait, le soir d’une des toutes premières sorties de la fameuse Brigade Urbaine (« la nouvelle police des manifs »), de leur donner l’occasion de se pratiquer un peu : il serait mal avisé de quiconque de lancer cette accusation sans pouvoir le prouver.

Par contre, il est tout de même curieux qu’unanimement, tous les témoins de cet incident l’ont reconnu comme étant précisément le même individu qui avait aussi suscité de vives réactions le 16 mai dernier, à un point tournant crucial de la mobilisation étudiante contre la hausse et citoyenne contre la loi 78, et que l’on peut voir dans le vidéo (00:28 à 00:42) accompagnant cet article:

Loi spéciale: la manif dégénère, la police arrête 122 personnes.
Publié le 16 mai 2012 à 21h15 | Mis à jour le 17 mai 2012 à 09h56.
http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201205/16/01-4525991-loi-speciale-la-manif-degenere-la-police-arrete-122-personnes.php

+merci à @LeCowboy1 pour les liens suivants:

J’ai eu l’occasion d’apprendre, ce soir-là, à quel point cette provocation m’avait enragé. Heureusement, et malgré un deuxième passage de cet étrange personnage un peu plus tard, il n’aura réussi qu’à récolter notre mépris, mais il aurait suffit de bien peu pour que la situation dégénère sérieusement.

J’ai appris la leçon, et quand le lendemain une madame plus que bizarre est passée au parc pour bêtement insulter les gens avant le départ de la manifestation, nous en avons ri, et offert nos sympathies. Et lorsqu’elle a persisté, j’ai pris sur moi de lui donner un peu d’amour qui visiblement lui manque cruellement, et lui ai offert un gros énorme câlin tout douillet, tout gentil, sous les applaudissements des autres manifestants.

Est-ce que vraiment ils seraient aussi bêtes d’avoir envoyé cette dame?

Honnêtement, non, je ne crois pas. Il ne manque pas d’abrutis pour prendre sur eux cette initiative, de toute façon.

Mais le fait est qu’après ce câlin, elle n’a plus eu un seul mot à dire, est repartie sans en demander plus, et à ce que je sache on ne l’a plus jamais revue.

***

J’ai parlé plus tôt de guerre d’usure.

Ce serait trop long à tout documenter ici, mais depuis les élections, et plus particulièrement depuis le soir du 13 août, le SPVM a modifié ses pratiques envers les manifestations nocturnes, durcissant massivement leur attitude, distribuant sans retenue les coups et les constats d’infractions ridicules.

Après le soir du 17, quand c’était la 3e manif de suite où @frogsarelovely s’est fait frapper « par hasard » lors d’interventions ciblant d’autres manifestants, j’ai écrit une lettre à Jacques Duchesneau pour l’avertir de la dérive répressive démentielle du SPVM, et attirer l’attention du public sur la gravité de la situation. La manifestation était terminée, elle avait été pacifique et sans débordements, il n’y avait aucune raison d’employer la force pour se saisir de manifestants calmes et encerclés de toutes parts : ils n’utilisent même plus l’excuse déjà bidon de la « casse » pour foncer dans le tas, et c’est rien de moins que scandaleux.

Puis, le soir même (18 août), le SPVM arrêtait brutalement le brave Jean, un homme admirable de 60 ans qui s’est vu accusé de voie de fait contre un agent, puis imposer des conditions l’empêchant de manifester à nouveau. Pas politique, la police? Il lui est interdit de retourner manifester avant le 4 septembre, un autre bel hasard, tiens.

Je ne pourrais vous décrire ma désolation de voir cet agent, à qui j’avais pris le temps d’écrire une autre longue lettre, après qu’il m’ait demandé pourquoi nous étions si persistants à revenir tous les soirs dans la rue, de le voir tordre le cou et plaquer au sol cet homme infiniment plus noble et courageux que lui.

Alors voilà, en gros.

Pensez-en ce que vous voulez, mais je vous le dis : le SPVM savent très bien qu’ils ne gagneront pas leur procès en cour pour cette accusation abusive.

Mais si, en attendant, ils peuvent empêcher @frogsarelovely d’aller manifester/twitter, à défaut d’avoir réussi à lui casser une jambe ou un bras l’autre soir, ce sera déjà ça de gagné pour eux.

Et si, par dessus ça, des hordes de barbares débarquent ce soir à la manif en soutien, l’écume aux lèvres et le couteau entre les dents, un autre de leurs voeux les plus chers sera réalisé et ils pourront joyeusement tester les forces de la Brigade Urbaine, tout en réalisant, finalement, de justesse, in extremis, la prophétie annoncée de « la rue » débordant soudainement de « chaos, violence, intimidation, bla, bla, bla… »

Soyez plus forts qu’eux, camarades.

Préservez cette supériorité morale qui est vôtre, qui est nôtre face à la bêtise et la cruauté d’un service de police instrumentalisé pour étouffer une lutte sociale et politique, qui dépasse largement tous les enjeux que le grand cirque électoral ne trouve même pas dignes de mention. En plus, qu’on se le dise, ce n’est pas comme si c’était particulièrement difficile : comme vous voyez la barre n’est vraiment pas très haute (certains diraient même qu’elle est rendue assez loin sous terre, peut-être plongée dans la crasse des égoûts).
Le SPVM a montré depuis longtemps qu’ils craignent @frogsarelovely.

Ils ont raison d’avoir peur d’elle, car elle est bruyante, et forte, et fière, et aimée, et pire que tout ça parce qu’elle a raison.

À trop vouloir en faire une victime, ils n’auront qu’aidé à construire la légende… Et surtout, en s’attaquant aussi bassement, aussi mesquinement à elle, ils ont démontré qu’ils ont malgré tout sous-estimé l’étendue de ses pouvoirs : le vôtre.

Elle est la voix d’un peuple qui n’attend plus en vain qu’un sauveur imaginaire vienne régler tous ses problèmes.

Elle est une voix parmi des milliers d’autres de la majorité furieuse. Vous aussi.

Alors ce soir, en soutien à @frogsarelovely, j’attends de vous que vous vous comportiez dignement, et lui fassiez honneur.

S’il se trouve des incitateurs un peu trop emportés parmi vous, prenez-les à part et expliquez leur gentiment que leur colère mal dirigée ne servira que les forces qu’ils prétendent combattre, et qu’ils ne sont les bienvenus avec vous que s’ils peuvent se tenir.

Debouts, certes en colère, mais avec une dignité que nos adversaires ont perdu à jamais.

3 réflexions sur “#freefrogsarelovely

  1. Il y a un autre changement de note; des attaques contre ceux qui temoignent et qui enregistrent les évenements en utilisant le droit des agents de la paix de ordoner aux gens de circuler, utilisant la force et les menaces d’arrestation, avec le but de cacher leurs activités. Un policier a meme declaré qu’il n’ya pas de liberté de la presse, une beaucoup plus grande condemnation de Charest que n’importe quoi dit par des manifestants durant ces derniers mois.

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