témoignage a/s temoignage@liguedesdroits.ca

Campagne de témoignage
3 juillet 2012

La Ligue des droits et libertés, le Comité légal de la CLASSE et l’Association des juristes progressistes se réunissent pour récolter, d’ici le 15 octobre 2012, les témoignages d’étudiants et d’étudiantes et de citoyens et de citoyennes qui, depuis le début de la grève étudiante, ont fait l’objet d’intimidation ou de brutalité policière, d’arrestation, de détention, d’accusation quelconque ou encore de représailles et refus d’accès à des lieux publics ou des services parce qu’ils ou elles portaient un carré rouge.

Les trois organismes entendent produire un rapport avec ces témoignages, permettant ainsi d’avoir un aperçu plus global de l’ampleur de la répression policière, judiciaire et politique.

Nous vous invitons à prendre connaissance du document explicatif ci-joint (dont un aide-mémoire pour vous aider à rédiger vos témoignages) et à nous envoyer vos témoignages à temoignage@liguedesdroits.ca.

Vous pouvez aussi nous suivre sur la page Facebook de l’événement : www.facebook.com/#!/events/129716180501824.

Voir ici le document contenant la marche à suivre.

Nicole Filion, Ligue des droits et libertés (www.liguedesdroits.ca)

Andrée Bourbeau, Comité légal de la CLASSE (www.bloquonslahausse.com)

Sibel Ataogul, Association des juristes progressistes (www.ajpquebec.org)

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a/s temoignage@liguedesdroits.ca

[Vous pouvez rendre publique toute l’information que je vous ai transmise.]


Bonjour,
Mon nom est Marco Simonsen-Séréda, et comme bien d’autres j’en aurais long à dire sur l’ignominie du SPVM tout au long de ce printemps/été érable.
Mais je me connais, si je pars je vous écrirai tout un roman, et nous n’avons plus/pas le temps pour ça…Je suis donc repassé à travers mes archives pour dresser une liste d’incidents, sur lesquels je pourrais développer à votre demande.

Ceci dit, dans bien des cas j’ai déjà écrit, pour diverses raisons, sur tel ou tel événement.
Je vous recopie donc certains extraits ici, et/ou vous donnerai le lien vers le texte en question.

Voici une chronologie de certains incidents, plus et moins graves, dont je peux témoigner.


14 mai 2012: #manifencours21, célébration de la démission de Line Beauchamp

Première vraie frousse : un peu après 23:30, sur St-Denis entre Ontario et Sherbrooke, le SPVM prend la queue de la foule en souricière, incluant les clients des terrasses dans la zone ciblée.
Les agents qui bloquent le passage vers le sud ordonnent de circuler vers le Nord, où c’est tout aussi bloqué.
Je réussis à me faufiler, et après m’être calmé, je vais demander à un policier la raison de cette action de leur part:
« -Est-ce que la manifestation a été déclarée illégale, pourquoi, euh…
-Illégale.
-Pardon?
-A l’est, illégale.
-Ok, mais… comment est-ce qu’on est supposé le savoir, ça?
-Ben, ils l’ont annoncé, envoyé fort.
-Ah ben, non, désolé, moi j’étais sur St-Denis dans le milieu de la foule….
-Y’a un camion exprès pour ça, ya des hauts-parleurs exprès pour ça.
-Un camion, mais la file, la foule, est longue…
-Passez-vous le mot! Vous vous passez le mot quand vous vous dites où ce que…où vous allez, passez-vous le mot quand qu’est rendue illégale.
-Ben, on se passe pas le mot pour aller, la foule suit la foule! »
(j’ai un enregistrement audio, quelque part, de cette brève conversation)

À ce moment, pourtant, bien plus qu’un manifestant, je n’étais qu’un badaud curieux de voir se dérouler l’événement, plus que surpris de presque avoir été arrêté (quoique la grande majorité de ces gens ont été relâchés peu après). Rien d’énorme, mais un premier choc et un premier contact avec le mépris, la condescendance et l’absurdité des arguments des policiers.

*(+ mentionné un peu ici: https://blogocram.wordpress.com/2012/08/01/lettre-ouverte-a-daniel-theoret-matricule-1306-et-ses-collegues-du-spvm/):
Je ne sais pas où tu étais, alors, mais moi je suivais la foule qui montait St-Denis, entre Ontario et Sherbrooke. Il s’est mis à y avoir un peu de tension entre des marcheurs qui prenaient des pancartes de la ville comme percussion, et des émeutiers en uniforme qui n’appréciaient pas.
Une petite foule se masse, observe la scène, mais assez rapidement, le petit jeu mutuel de confrontation fait son temps, et les gens repartent tranquillement vers le nord. On marche un peu, et subitement je vois tout le monde qui tourne et court dans la petite rue cul-de-sac, en haut de la côte!
Je n’y comprends rien, jusqu’à ce que je voie une vague de boucliers, bottes et matraques qui déferle vers la foule, maintenant plus ou moins en panique. Comme eux, je comprends assez vite le message, et je vire de bord, mais une autre vague remonte du sud, et nous cerne, en plein milieu de ce bloc où tous les immeubles sont collés, et il n’y a pas d’autre issue que la rue.
Un des moments les plus absurdes que j’ai vécu, t’as pas idée, parce qu’à deux mètres de moi, les clients de la terrasse du resto/bar/café se posent visiblement les mêmes questions que moi…

Je vais voir les agents pour éclaircir la situation, mais ils ordonnent seulement de circuler, pointant vers le nord où il y a deux fois plus de leurs semblables.
Perplexe, je saisis mal la logique à l’oeuvre, mais j’ai eu depuis l’occasion de la revivre encore le 19 mai, peu avant que l’ambiance ne s’enflamme, quand des casqués nous criaient sur le trottoir presque désert devant la grande bibliothèque, sur Berri, de nous « disperser » vers l’énorme foule qui quittait le parc Émilie-Gamelin, de l’autre côté.
C’est assez manifestement un cas de double-contrainte (le « double-bind » de Bateson, un concept que tu connais peut-être, en psychologie, portant plus particulièrement sur l’étude de la schizophrénie). En gros, c’est lorsqu’une autorité inflexible donne deux ordres contraires, qui en se contredisant rendent l’obéissance, même volontaire et de bonne foi, impossible. Si c’est voulu, je confirme : c’est vraiment très efficace pour traumatiser, mais je ne comprends toujours pas en quoi ça peut bien être constructif pour disperser les gens.

Bref, ce premier soir, après que je me sois glissé dans une petite brèche pour observer la scène d’un peu plus loin, mais plus encore demander à un agent ce qui se passait (un avertissement avait été donné, probablement en tête de manif), j’ai été rassuré de voir la foule être enfin libérée un peu plus tard.


Je devrais en dire un peu sur le pourquoi de cette lettre à 1306:

Lors d’une de mes toutes premières manifs, où je suivais plutôt la foule, ne me sentant pas tant manifestant qu’observateur extérieur, j’ai subitement été interpellé par un agent à vélo.
Je marchais sur le trottoir, la grappe de poussins dans la rue, et il me crie: « Hey! Je te connais, je te connais! »
J’étais surpris, et sur la défensive, mais il me reconnaissait simplement de l’école secondaire.
Brève conversation ou simples salutations, je ne sais plus, mais c’était tout. Pas très élégant, mais rien à signaler.

Ça devient plus intéressant beaucoup plus tard, le 18 juin.
Ce soir là, au détour d’une rue, je retombe sur lui, et il me dit: « Marco, t’es encore là [ou qu’est-ce que tu fais là]? Voyons-donc, t’as trente ans… »
Je suis un peu surpris par son ton moqueur et méprisant, mais je laisse passer, parce que je voulais plutôt lui redemander son nom complet, que j’ignorais.
D’un côté, lui m’avait reconnu l’autre fois mais moi je ne le replaçais pas du tout, mais aussi pourquoi pas, dans ce contexte calme, tester un peu l’usage du code de déontologie?
Mais quand, du même souffle, je lui demande son matricule, là, le ton change complètement – il est, ou joue le jeu d’être offensé: « Ah, franchement, come on », etc…
Il s’éloigne aussitôt, exprimant une énorme déception face à ma simple demande, et je suis tout aussi surpris qu’il fasse tant de cas de cette « faute ».
Je ne l’avais pas demandé méchamment, et comme je savais déjà que c’était explicitement inclus dans le code de déontologie, avant qu’il soit trop loin, je dis:
« Mais voyons, Daniel, tu ne vas quand même pas me laisser pouvoir dire que tu es parti sans me donner ton matricule, c’est trop bête… »

J’avoue qu’à le récrire ici, ça peut avoir l’air menaçant, mais c’est que moi je n’avais absolument rien contre lui, et aucune intention de porter plainte.
J’étais sincèrement désolé qu’il prenne ma question aussi mal, mais j’ai pu lui reparler un peu plus tard : il était de quelques agents qui séparaient les civils d’une arrestation en cours.

Je lui ai entre autres expliqué comment, de la même manière qu’il avait été « agressé » par ma demande, j’avais mal compris ses intentions lors de notre première rencontre:
-[…] Je marchais, pis t’es là: « T’es qui toé?!? » c’était super agressif!
-Pour de vrai, voyons donc, tu t’es senti persécuté?
-Non, pas persécuté, mais…
-Ta face me disait de quoi, mais c’était pas par rapport à la police, c’était par rapport à mon enfance.
Oui, ben, c’est ce que j’ai compris. Mais q
uand tu disais, tu m’as trouvé agressif, tantôt…
-Je t’ai pas trouvé agressif, je t’ai trouvé arrogant. »

(j’ai un enregistrement vidéo, quelque part, de cette brève conversation)

Quelques manifs plus tard, il me recroise. Me pose des questions sur moi, sur ma famille.
Et me demande pourquoi je persiste à être là, tous les soirs.
Je lui réponds en gros que c’est loin d’être tous les soirs, mais que c’est surtout devenu important récemment pour moi d’y être depuis que les médias ne couvrent plus les manifs nocturnes.
C’est qu’après le grand prix, et la « trève » annoncée, la couverture des manifs nocturnes a décliné (il serait intéressant d’analyser tout ça plus en détail ailleurs, voir avec le GAPPA).
À ce stade, avec @frogsarelovely, nous étions devenus presque les seuls à couvrir les marches sur twitter : photos et mises-à-jours en direct, pour qui voudrait suivre les événements ou nous rejoindre dans la rue.
Bref, je réponds un peu de tout ça à Daniel et reprend mon travail de mon côté. Mais en discutant avec des amis, j’ai eu l’occasion de repenser à la question, et surtout des nombreuses réponses que j’aurais pu y donner, de ce qui me pousse, effectivement, à retourner malgré tout dans la rue voir ce qui s’y passe.

Quelques manifs plus tard, je recroise Claudia Jetté, une autre agente qui m’avait un peu parlé, avant. De brefs échanges, pas de souvenir notable, c’étaitprobablement un peu froid mais cordial, pas du tout méchant : probablement plus de malaise réciproque qu’autre chose. Mais cette fois je trouve un drôle de ton, à son « tu lâches jamais? »…
Je lui réponds « je fais mon possible » ou une autre platitude du genre, et lui demande gentiment si je peux prendre la prendre en photo, puisqu’elle vient discuter, mais subitement elle a une urgence, et doit repartir

Alors après y avoir repensé, et discuté avec des amis de toutes ces raisons sur pourquoi, au juste, étais-je là autant que possible, j’ai finalement écrit un long texte à Daniel, pour offrir une réponse digne de ce nom à cette question qui, après tout, méritait d’être posée.

C’est le 1er août, jour de la 100e marche nocturne consécutive, que je publiai ma réponse, mais ce n’est que le 14 août (Montréal 14 août 2012 – #manifencours113) que j’ai recroisé Daniel...
Je rejoins tout juste la marche, et discute avec Jean en marchant, quand Daniel arrive subitement et m’interpelle sur un ton de plainte et de lamentation:
« Marco, come on, une lettre à mon nom, sur ton blog… pis c’est vraiment long, en plus… »
Je ne sais plus si j‘ai balbutié quelque chose ou si je n’en ai pas eu le temps:
Jeanfait part à Daniel de son étonnement quant à sa façon de s’adresser à moi, disant que ce n’est pas une façon de s’adresser aux gens…
Ste-Catherine vers l’ouest dans la zone piétonnière du village, à ce moment, nous arrivons à l’intersection d’Amherst, je m’arrête au feu rouge, pas les autres.
Quand je traverse, Jean est rendu en état d’arrestation, Daniel a sorti les tie-wraps, et un autre manifestant reçoit une contravention pour crachat/ »en ayant répandu un liquide sur le domaine public ».2012-08-14 - 22h30


Après un certain temps, Jean est libéré, et finalement a simplement reçu un constat d’infraction, pour avoir traversé sur un feu rouge.
Tous ces haïkus désopilants, sur ces constats farfelus donnés pendant le printemps érable:

« mauvaise utilisation du mobilier urbain », à au moins un manifestant que je connais un peu.

« ayant causé un boucan du diable », aurait reçu un autre que je ne connais pas.

Très fort:« ayant émis un bruit audible à l’extérieur, d’imprécation »
[contravention à @cmondor1991: https://twitter.com/blogocram/status/244243835318845440%5D

 

Il serait pertinent de comparer les statistiques de constats d’infraction donnés, hors du printemps érable, pour de semblables infractions.
Mais peut-être les agents du SPVM sont-ils friands de ces poèmes pleins de surprises et il n’y là rien d’inhabituel, après tout.


Bref.

Quelques jours plus tard (j’y reviendrai), au lendemain d’un événement brutal qui m’a traumatisé, j’ai pu voir (et filmer), à quelques mètres de moi, ce même Daniel lutter, étrangler, et plaquer au sol Jean. Ce soir là (18 août), Jean, après avoir été frappé et jeté au sol tant de fois (dont une fois, à la 100e marche, le 1er août, dont les images filmées en ont fait la vedette du lendemain), fût arrêté et accusé de voie de fait envers l’agent qui l’arrêtait, ou arrêtait son amie, je n‘ai pas vu.
Conditions imposées: se tenir à distance de l’agent Théoret, et si je me rappelle bien, interdiction explicite de participer à une manifestation avant le 4 septembre.
La date venait officiellement d’une comparution en cour, je crois, mais en pleines élections, les conséquences « accidentellement » politiques de tout cela nous ont plutôt fait rire très jaune…

 


19 mai 2012: #manifencours26:

D’un simple touriste/observateur de manifestations, la loi78 a définitivement fait de moi un citoyen concerné.
J’ai pris part à de plus en plus de manifestations, et vécu ces marches-fleuves nocturnes aussi énormes que positives de la mi-mai.
Certains soirs ont terminé de manière corsée (16 mai), mais en général l’ambiance est festive.
Le 17, le 18, l’ambiance est électrique, débordante, jubilante.

Mais samedi soir, le 19, le SPVM a radicalement changé de méthodes.
Juste après avoir rejoint la queue de la manif sur Berri, entre Ontario et DeMaisonneuve, avec des amis, nous faisons l’objet d’une charge du SPVM, qui nous donne l’ordre absurde de nous disperser en nous dirigeant vers la foule dans le parc Émilie-Gamelin, même si à ce moment nous ne sommes déjà plus du groupe, mais isolés sur le trottoir devant la Grande Bibliothèque.
Nous partons mais croisons rapidement la foule, qui a pris un autre chemin, au coin Ontario/Berri. Nous montons St-Denis, et quittons assez rapidement l’ambiance très tendue, pour apprendre peu après qu’un feu a été allumé au coin de St-Denis/Ontario.

Je sais bien que cela ne se prouve pas, mais je crois à une attitude délibérée de provoquer la foule, pour justifier un durcissement d’attitude policière.
Du moins, je n’ai pas le moindre doute que la situation n’aurait jamais dégénérée ainsi sans les interventions inutilement violentes du SPVM : en comparant avec la fête de la veille, notamment, il m’apparaît évident que cet incendie était une réaction, et pas du tout une action qui se serait produite autrement.
Mauvaise réaction, certes, parce que des cônes de circulation, on s’en fout, mais aussi que c’est exactement le genre de « dégats » (hum) dont raffolent les médias sensationnalistes.
Et même si les seules victimes de ce « carnage » sont de rares vitrines de banques et quelques cônes au mauvais endroit au mauvais moment, cela n’empêche pas les dispenseurs de mauvaise foi d’en faire grand cas…

Détail curieux, je me souviens que les policiers ont invoqué de mystérieux tirs de « projectiles » pour carrément empêcher les pompiers d’intervenir, alors que ceux-ci étaient déjà arrivés et prêts à éteindre les feux. Mais je me rappelle avoir aussi eu connaissance que de nombreux témoins (dont, il me semble, l’équipe de CUTV, pas sûr) qui étaient sur place à ce moment n’ont rien vu de tel, et s’étonnaient même que l’on suggère que quiconque sur les lieux s’en prendrait aux pompiers…

*

Le lendemain, soir du 20 mai, je ne pouvais être présent mais je me rappelle encore le choc d’entendre, en direct sur CUTV, l’ampleur de la violence dont faisait maintenant preuve le SPVM envers mes semblables.
Il y avait déjà eu quelques blessés lors de grandes manifestations, mais à mon souvenir c’était là un tournant, du moins pour les manifs nocturnes : pour la première fois le sang coulait dans les rues, carrément.
Ce soir-là je me suis senti en deuil, avec un certain vertige historique, dégoûté de goûter à d’aussi sombres tactiques dignes d’états policiers et fascistes que l’on voudrait tant qu’il ne soient que d’antan…
Les nôtres ont d’autres noms, d’autres symboles, mais leurs crimes et leur impunité n’en sont pas moins vulgaires.


23/24 mai 2012, soir de la souricière Sherbrooke/St-Denis (mais aussi des Casseroles Mobiles):

Je n’ai pas vécu de l’intérieur l’arrestation en souricière de masse de ce soir-là (parce que plutôt par hasard, je me suis retrouvé de l’autre côté, avec les manifestants à casseroles, un groupe différent des marcheurs nocturnes habituels, et mon expérience fut, au contraire, plus que positive), mais j’apporterais à votre attention, si ce n’est déjà le cas, la rumeur voulant que l’arrestation était prévue et annoncée d’avance, depuis au minimum l’après-midi de la même journée, peut-être même avant.
La source, de mon côté, n’est que conversations, mais jugée assez crédible en ce qui me concerne: un avertissement donné dans l’après-midi: « Je ne peux te dire pourquoi ni comment, mais si tu pensais aller à la manif ce soir… vas-y pas ».





16 juin 2012, #manifencours54, une arrestation particulièrement gratuitement musclée sur St-Denis, entre Roy et Duluth:

https://blogocram.wordpress.com/2012/06/16/montreal-16-juin-2012-manifencours-manifplusencours-manifencours-arrestation/

Ok. Ici, j’ai commencé à filmer parce que j’ai entendu des filles hurler de peur, prises en chasse par les véhicules du SPVM (on ne voit pas le pire sur cette vidéo, je l’ai manqué). Après cette première attaque, les émeutiers en armure ont surgi de Rachel pour foncer sur les manifestants restants, et procédé à de multiples arrestations, dont un monsieur d’un âge respectable qui marchait avec une pancarte noire où les chiffres 78, en blanc et de biais, composent un visage (c’est aussi lui, je crois, qui marchait avec le numéro 50 à la 50e).
Je n’ai pas eu l’honneur de lui parler, mais il m’a semblé en toutes circonstances un homme sympathique et raisonnable : je ne peux imaginer pourquoi le SPVM aurait besoin de le frapper et de le rudoyer pour parvenir à leurs fins…

 

#manifplusencours (SPVM charge/arrestation MrPancarteBonom78) [Mtl 16 juin 23h05]: http://youtu.be/vXEbJIRJROM

Ces filles, que j’ai d’abord entendu crier, portaient des talons hauts et des robes de sortie, et la plupart ou certaines d’entre elles n’étaient donc pas du tout de la manif, je crois.
J’étais stupéfait de voir une van du SPVM carrément foncer vers elles, et j’ai commencé à filmer dès que j’ai pu, mais j’ai manqué le pire.

J’y ai souvent, souvent repensé, mais je n’ai jamais revu cet homme dans une manifestation par la suite. Il aura dû signer une condition l’interdisant de le faire, ou il aura définitivement perdu l’envie, je ne sais. J’ai vu son arrestation de l’autre côté de la rue, mais assez pour voir que les agents n’y allaient vraiment, mais vraiment pas de main morte. Des clients d’une terrasse, juste à côté d’eux, étaient outrés.
Aussi, ce qui est curieux, c’est qu’ayant vu les agents faire entrer cet homme dans leur voiture, j’ai été surpris de le revoir, plusieurs minutes plus tard, ressorti et replaqué contre le véhicule. Il y a peut-être une explication très simple, mais le détail m’a toujours intrigué.


26 juin 2012, fin de #manifencours64: un photographe, avec carte de presse, qui du trottoir documentait l’arrestation de manifestants, se fait pousser par les policiers dans la rue, et reçoit lui aussi un constat d’infraction. Mais ce soir-là, ce n’est que 37$.
6 jours plus tard, à la #manifencours du 2 juillet, une toute autre personne, sans carte de presse cette fois, se voit faire le même coup, mais cette fois le poème sur le constat n’est pas le même, et le montant de l’infraction non plus… première rencontre avec l’infâme 500.1

Constats D'Infractions SPVM 2012-06-26 / 2012-07-02

https://blogocram.wordpress.com/2012/07/02/constats-dinfractions-spvm-2012-06-26-2012-07-02/


Le 15 juillet, j’ai pu voir à l’oeuvre l’arbitraire d’une accusation spontanée de voie de fait.
https://blogocram.wordpress.com/2012/07/15/montreal-15-juillet-2012-manifencours-nocturne-83/ :

J’ai manqué le geste précis qui aura justifié cette interpellation, mais j’étais sur les lieux, juste derrière l’accusé, et j’ai vu le reste :
Après avoir traversé la rue, plusieurs marcheurs et vélos du SPVM côte-à-côte, un manifestant s’est vu exiger de ne pas toucher les agents.
Il a accéléré le pas en s’éloignant des agents qui lui confirmaient l’avertissement, de plus en plus bruyamment, qui l’ont ensuite rapidement immobilisé, et il s’est vu interpellé pour une « voie de fait », ce qui semble largement étirer la définition du dit délit :

« VOIE DE FAIT:
Un individu commet une voie de fait s’il utilise, ou s’il tente d’utiliser volontairement la force contre une personne sans son consentement, par :
une agression physique;
l’utilisation d’une arme; ou
la menace d’une telle agression.

Le fait de tenter ou de menacer de commettre des voies  de fait constitue également une infraction si :
son auteur est en mesure d’accomplir son dessein; ou
s’il porte à croire qu’il est en mesure d’accomplir son dessein. »

http://www.spvm.qc.ca/fr/service/1_3_1_2_violphys.asp = VOIE DE FAIT
.
Je suis plus que prêt à croire que ce manifestant puisse avoir été baveux, qu’il ait pu se mettre trop proche des agents, etc. C’est possible, la manifestation venait d’être dissoute et il y avait un peu de tension, forcément.
Mais en toute bonne foi, je n’ai rien aperçu, directement devant moi, qui ait pu suggérer la moindre violence (ceci dit, j’ai bien pu manquer un geste plus discret).
Il me semble raisonnable de penser que s’il avait été violent, j’aurais eu l’occasion de le voir à l’oeuvre, mais rien n’a attiré mon attention avant les cris d’avertissements.
Je le répète, il est tout aussi probable que j’ai manqué un détail crucial, mais même si c’est le cas, je ne l’ai vu qu’obéir et s’éloigner d’eux, et il n’était pas à plus de 2/3 mètres de moi.
Il est pour le moins inquiétant que d’apparement aussi légers contacts physiques puissent être définis comme une « agression physique »
.

#manifencours83 (SPVM-Interpellé Pour Voie De Fait) [Montréal 15 juillet 2012 22h06]: http://youtu.be/02fMiAYmjkQ


https://blogocram.wordpress.com/2012/07/20/montreal-20-juillet-2012-manifencours-nocturne-88/

20 juillet – Très, très possible agent provocateur.
#manifencours88: le premier soir de la toute nouvelle et pimpante Brigade Urbaine, qui a fait la une du Journal de Montréal, la déjà fameuse « vraie police des manifs ».

Alors que la manif était plus ou moins terminée, quelques personnes sur le trottoir devant les Foufs (Ste-Catherine/Berger) se reposent.
Juste en face, de l’autre côté de la rue, se tiennent les fiers et pimpants uniformes paramilitaires de la Brigade, prête à intervenir.

Après quelques instants, un individu engage la conversation avec une manifestante (et pas n’importe laquelle), et rapidement en vient à l’invectiver et l’insulter.
Il provoque sur le champ une forte réaction chez tout le groupe, qui s’offusque des propos méprisants de ce malotru, et il y a une légère bousculade.
Fort heureusement, certaines têtes plus sereines appellent au calme, et la situation ne dégénère pas plus.

Oui, bien sûr, ça peut n’être qu’un citoyen impoli, mais on est en droit de s’étonner de reconnaître le même citoyen, tenant un rôle semblable (et ce soir-là bien plus efficace), lors de la manifestation de soir du 16 mai : discussion agressive avec des manifestants, montée de la tension, justification de l’intervention des policiers pour défendre le provocateur.

#manifencours88 (Ste-Catherine) grossier personnage [Montréal 20 juillet 2012 22h01]: http://youtu.be/2Y02olghAiw

*à comparer avec l’individu ayant aussi suscité de vives réactions le 16 mai dernier, que l’on peut voir dans le vidéo (00:28 à 00:42) accompagnant cet article : Loi spéciale: la manif dégénère, la police arrête 122 personnes + http://youtu.be/qLtK-S0FTzk + http://youtu.be/Rf9fTYKgF2o


*Feux d’artifices et profilage/blocage sur le pont:
https://blogocram.wordpress.com/2012/06/30/montreal-30-juin-2012-manifencours-nocturne-68-pont-jacques-cartier-sq-feux-dartifices/
https://blogocram.wordpress.com/2012/07/07/montreal-7-juillet-2012-manifencours-nocturne-75/
https://blogocram.wordpress.com/2012/07/17/montreal-17-juillet-2012-manifencours-nocturne-85/
https://blogocram.wordpress.com/2012/07/21/montreal-21-juillet-2012-manifencours-nocturne-89/
#manifencours89 – Feux d’Artifices & Profilage Politique (2-4) [Montréal 21 juillet 2012 22h30]: http://youtu.be/A4hEVWeDQYs
+ Post-#manifencours89 (DeMaisonneuve) Intervention SPVM (1/2) [Montréal 21 juillet 2012 23h00]: http://youtu.be/PMrngTJwMWg
+ Post-#manifencours89 (DeMaisonneuve) Intervention SPVM (2/2) [Montréal 21 juillet 2012 23h04]: http://youtu.be/koXa8JQNI18
https://blogocram.wordpress.com/2012/07/27/montreal-27-juillet-2012-manifencours-nocturne-95/
https://blogocram.wordpress.com/2012/08/01/montreal-31-juillet-2012-manifencours-nocturne-99/ (Bulles de savon = PROJECTILES)
https://blogocram.wordpress.com/2012/08/03/montreal-3-aout-2012-manifencours102/

La question du Pont Jacques-Cartier, bloqué pour le public des feux d’artifices, et de la gestion par la SQ de la « sécurité » est particulièrement ridicule.
Un des plus splendides exemples de profilage politique improvisé, où les excuses changeaient selon le soir, et/ou selon l’agent.
J’ai documenté 7 soirs de feux d’artifices, mais il y en a eu d’autres.

La première fois que j’ai vu une manif arriver au pont, la SQ (en collaboration avec le SPVM) ont bloqué le pont, à tous.
Ils ont rapidement dû subir les foudres de nombreux « civils » qui voulaient remonter sur le pont pour voir les feux d’artifices.
Avec d’autres manifestants, nous avons notamment aidé à faire passer un berceau, bloqué derrière la porte du passage piétonner, et de l’agent de la SQ qui refusait de la débarrer.

Par la suite, pour éviter la légitime grogne de piétons qui se font bloquer l’accès à un pont bloqué aux véhicules pour les piétons, ils ont donc commencé à « filtrer » qui passait ou pas, et ont donc ouvert la chasse aux carrés rouges. Sachant que ce même pont, quand des piétons à carrés très rouges s’y étaient présentés à l’improviste, avait suscité de fortes réactions, la scène est d’autant plus chargée…

Tel soir, des manifestants arrivaient plus tôt, et descendaient franchir la séparation dans le sens contraire.
Ou, sans pancarte ou carré visible, ils franchissaient la ligne de fouille, pour immédiatement sortir leur carré rouge et/ou appareil photo, et se faire avertir de circuler par les agents.

Si je me rappelle bien, un soir en arrivant à la ligne de tri, je demande à l’agent qui peut passer ou non: « Juste les familles ».
« Ah, ok. »
Les gens passent, plusieurs personnes seules.
Une manifestante interpelle l’agent, « mais monsieur, c’est mon frère! on est une famille! »…
Non, pas nous.
Et quelques instants plus tard, on remarque une famille, tiens, une vraie famille, qui se fait refuser le passage.
Les garçons portent un carré rouge, et leur grand-frère aussi, qui est avocat de son métier. Ce dernier n’est pas tant furieux que stupéfait de n’obtenir aucune réponse du responsable, qui lui tourne le dos, et refuse de s’identifier à de multiples, multiples reprises.

Un soir, une manifestante est arrivée avec un petit pistolet-jouet à bulles de savon. Mais avant de l’utiliser, nous avons demandé à un médiateur officiel du SPVM, qui était présent ce soir-là (ce qui n’était pas habituellement le cas, mais les soirs de feux, ce l’est devenu), si son utilisation pouvait les déranger, et il a confirmé que des BULLES DE SAVON envoyées en direction de policiers sont des PROJECTILES. Qui peuvent être dangereux, puisque « si ça va dans l’oeil, avec le savon, tout ça »… Ainsi, dans les cours d’écoles et garderies, on laisse quotidiennement de jeunes bambins s’amuser à jouer avec de semblables projectiles, sans se douter du danger de la chose…

(le lendemain, je crois, le SPVM annonçait que l’emploi de pistolets à eau pouvait faire l’accusation d’accusations criminelles, sous le prétexte déjà plus raisonnable que des liquides plus inquiétants que de l’eau pourraient être utilisés.)


https://blogocram.wordpress.com/2012/07/21/montreal-21-juillet-2012-manifencours-nocturne-89/
#manifencours89 – Feux d’Artifices & Profilage Politique (2-4) [Montréal 21 juillet 2012 22h30]: http://youtu.be/A4hEVWeDQYs

C’est aussi ce soir-là qu’a eu lieu un cas frappant de différence de comportement des policiers, selon les interventions.
Après avoir été mobilisés en masse, une vingtaine au moins d’agents de la SQ, quelques voitures, quelques voitures du SPVM, quelques agents du SPVM, quelques agents à vélo du SPVM, pour surveiller une douzaine de manifestants venus faire un tour au bas du pont, il aura fallu aller chercher en personne deux agents à vélo quelques instants plus tard quand une rixe menaçait dangereusement de se produire. La petite dizaine de manifestants qui restaient alors retournaient en direction du parc Émilie-Gamelin.
Sur DeMaisonneuve, un type visiblement ivre les invectivait agressivement, « allez donc travailler », etc, de plus en plus menaçant.
Au point où l’on se dit, ben coudonc, pour une fois qu’on aurait besoin d’eux, où sont-ils ces agents qui invoquent sans cesse « notre sécurité » pour nous repousser sur le trottoir ou diriger la marche?

Deux poussins sont à une centaine de mètres, mais malgré plusieurs appels, ils ne bougent pas, et des manifestants vont donc les chercher. Lorsque finalement ils arrivent, ils séparent rapidement le turbulent des gens qu’il menace/invite à se battre/aller se coucher(c’est pas trop clair), alors qu’eux l’invitent à se calmer, et ne sont pas agressifs. À deux ou trois reprises (c’est sur vidéo), non seulement l’individu désobéit à un ordre direct des agents de circuler, mais il s’avance brusquement vers eux. À chaque fois, il a droit à la compréhension des agents, qui restent calmes.
Il n’y aurait là rien d’extraordinaire si ce n’était que n’importe quel manifestant qui aurait montré autant de bravade face à des agents lui sommant de circuler se serait plus que probablement vite retrouvé en état d’arrestation pour un motif ou un autre…
D’ailleurs, quelques instants à peine plus tard, excédé par une manifestante qui lève juste un peu moins le ton que lui, un de ces deux agents menace, puis annonce qu’elle recevra une contravention. Est-ce le fait qu’il remarque que la scène est filmée qui l’incite à rapidement changer d’idée, lui seul le sait…
Se joue alors une bel exemple de good cop/bad cop: son partenaire est compréhensif, et accepte même de s’identifier, mais le plus bruyant clôt la conversation avec de nouvelles menaces de constats d’infractions.

+ Post-#manifencours89 (DeMaisonneuve) Intervention SPVM (1/2) [Montréal 21 juillet 2012 23h00]: http://youtu.be/PMrngTJwMWg
+ Post-#manifencours89 (DeMaisonneuve) Intervention SPVM (2/2) [Montréal 21 juillet 2012 23h04]: http://youtu.be/koXa8JQNI18


[ Lundi 13 août . http://quelquesnotes.wordpress.com/2012/08/15/130812-2/ (Emmanuel « Jean Leloup ») ]

Détail important, qui n’était pas immédiatement apparent :
Sur Sherbrooke/Clark, première dispersion du groupe par le SPVM. La plupart des gens fuient, quelques uns restent pour observer.
Je remarque, tout près des agents, Jean et Amélie, sympathiques « amis litants » que je connais.
Plus tard en soirée, coin Berri/DeMaisonneuve, nous discutons, alors qu’a lieu un vidage du parc Émilie-Gamelin par le SPVM.
Je traverse la rue pour aller chercher un bixi, et lorsque je reviens dire bonsoir, je ne vois plus qu’une ligne d’agents casqués, et deux personnes devant eux : Jean et Amélie.
Ce soir là, j’en ai ri de bon coeur, admirant pas tant leur courage que leur hilarité face aux agents qui essaient tant d’être menaçants.

5 jours plus tard, samedi 18 août, en fin de soirée, alors qu’un petit restant de groupe se dirigeait pour clore la marche au parc, aussitôt que fût donné un ordre de reprendre le trottoir aux marcheurs, qui traversaient une intersection de fin de zone piétonnière, des agents en vélo sont arrivés à toute vitesse et ont immédiatement procédé à deux arrestations.
Selon un témoin qui était plus loin, il avait entendu les policiers qui suivaient  à peu de distance, annoncer qu’ils allaient bientôt procéder à des arrestations.
Les arrêtés?
Jean et Amélie.


https://blogocram.wordpress.com/2012/08/14/montreal-14-aout-2012-manifencours113/

Première rencontre avec Daniel après blogpost.
Jean intervient, constat feu rouge.
Constat crachat à un autre. « en ayant répandu un liquide sur le domaine public »

+*photo de 22h14:
« tout un débat : selon cet agent, seul un PROPRIÉTAIRE a droit de parole en démocratie, car il paie des taxes (vraisemblablement avec de l’argent qui a poussé par magie sur sa propriété)… »


https://blogocram.wordpress.com/2012/08/17/montreal-17-aout-2012-manifencours116/
17 août. Violence sur la frogue.

Bon.
De tous les incidents, toutes les frousses et les poussées d’adrénaline, aucune ne m’a fait aussi mal, et aussi durablement atteint que celle-ci.
C’est, pour moi, un point tournant.
Après l’incident du 20 juillet, j’avais noté que l’agression verbale et physique envers mon amie manifestante révélait un gros point faible émotif, de mon côté.
J’étais furieux, et j’ai pu voir à quel point cela m’avait mis en colère. Alors qu’a priori, je n’avais jamais, mais jamais craint de poser dans une manif un geste que je regrette plus tard, j’avais de bonnes raisons de craindre ma réaction si jamais quelque chose de grave lui arrivait, et j’en avais souvent parlé avec des amis lorsque l’on se demandait ce qui pourrait nous provoquer/dépasser la limite.

J’ai eu confirmation de cela, en fin de soirée du 17 août.
Nous étions sur Ste-Catherine, vers l’ouest, entre St-Denis et St-Laurent, et la police ordonne au petit groupe de prendre le trottoir. Mais devant moi marchent deux jeunes enfants, et même si je vois rapidement arriver derrière les agents à vélo, je n’ose pas partir tant que les enfants n’entendent pas enfin nos cris et retournent sur le trottoir. Finalement, ils se glissent entre deux voitures, j’en fais autant, pis une autre personne, puis un autre qui est attrapé juste avant qu’il n’atteigne le trottoir, puis amené pour recevoir un constat d’infraction.

D’autres manifestants sont arrêtés. Ceux qui restent sur le trottoir observent la scène, vont et viennent le long du trottoir.
Des agents de la Brigade interpellent la manifestante par son prénom « Va te coucher, Cécile, y’est tard, là »…
Ils la connaissent bien, ils la voient souvent.

Quelques instants passent et j’apprends qu’une manifestante qui était juste là sur le trottoir avec nous vient de se faire arrêter aussi.
Je demande pourquoi à un agent, qui me demande si je suis « responsable pour mes paroles » comme seule réponse.

Puis, ils nous ordonnent de circuler : on ne peut rester là sur le trottoir, il faut bouger.
Nous obtempérons, mais après avoir fait une dizaine, vingtaine de mètres vers l’ouest, nous remarquons qu’une autre manifestante n’est pas avec nous : elle est encore là-bas, à discuter avec les agents. Naturellement, on s’inquiète pour elle, on essaie de l’appeler, mais elle n’entend pas, alors tout en continuant de « circuler » tel que voulu par les forces de l’ordre, nous retournons vers elle la chercher.

À peu près au moment où nous arrivons au coin de la rue où elle se trouve, un agent de la Brigade pointe un manifestant (qu’aucun des réguliers que je connais n’a vu avant, ni depuis) qui aurait dit quelque chose de trop et crie « on l’arrête! » en se dirigeant vers lui. Le type, évidemment, part aussitôt à courir, et passe tout juste à côté, si ce n’est carrément entre Cécile et moi (tels détails sont flous, c’est arrivé si vite). Si vraiment il y avait lieu d’arrêter cet individu, cela pouvait se faire dans le calme, et sans mettre la sécurité de quiconque en danger : la petite manifestation de la soirée était terminée depuis longtemps.
Mais le fuyard est suivi de près par un bulldozer en armure, qui arrive à toute vitesse et plaque carrément Cécile au sol, violemment jettée sur le béton.
Je l’entends crier de douleur, alors qu’elle se fait piétiner par les autres agents qui arrivent dans la cohue, je suis en état de choc, je crois qu’ils viennent tous nous arrêter.
Honnêtement, je ne saurais faire un compte-rendu très précis des coups et gestes portés dans ces quelques instants qui ont suivi la chute, c’est flou.
Je me rappelle l’angoisse profonde et la douleur vertigineuse d’entendre cette amie, collègue admirée, adorée, hurler de panique et de douleur sous les coups des agents qui quelques instants plus tôt se moquaient d’elle en rigolant, mêlés aux pleurs des enfants traumatisés par la scène violente qui se déroule sous leurs yeux.

Cécile a eu mal pendant des mois et des mois (si ce n’est encore le cas), suite aux coups qu’elle a reçu ce soir-là.
Mal au cou, mal au bras, etc. Et puis, le lundi soir suivant, elle recevait un 2e constat d’infraction invoquant l’article 500.1, avec 494$ d’amende.
Le constat date l’infraction à 22h35, mais à 22h09, déjà, la marche était terminée.
Vers 22h35, à ma connaissance, elle se faisait plutôt bodyslammer par une espèce de joueur de football enragé, elle n’avait pas vraiment le loisir de « participer à une action concertée ».

Cette agression gratuite, inutile et méchante m’a profondément atteint.
Particulièrement, à moyen et long terme, pour ce qui est de mon attitude dans l’événement : je n’ai rien pu prévenir, je n’ai rien fait, j’ai complètement bloqué.
Je ressens donc la douleur du choc, et le poids de la honte, de la culpabilité, aussi infondées ces impressions soient-elles.

Voici ce que j’ai écrit sur mon blogue, sur l’incident:

…ici, j’avoue, il y a comme un trou.
Un gros trou sombre, ou un gros vide, plutôt.

C’est que… j’ai vu le SPVM plaquer et jeter violemment une manifestante au sol. Dommage collatéral.
Je n’ai pas pu l’empêcher, c’est arrivé en un instant, sous prétexte – nous l’avons su après avoir cru qu’ils nous arrêtaient tous – qu’ils courraient plutôt subitement après un seul autre manifestant.

La situation était pourtant redevenue calme, après/malgré la tension de multiples arrestations en cours : rien ne justifiait une charge aussi violente. S’ils voulaient arrêter cet autre individu, ils pouvaient le cueillir comme n’importe lequel d’entre nous, un peu hagards sur le trottoir, inquiets pour les arrêtés.
Ils n’avaient pas besoin de faire aussi mal, et risquer de blesser gravement une citoyenne plus respectée qu’eux tous réunis, elle dont le seul tort était d’être momentanément dans le chemin de barbares sans conscience.
Je suis de ceux qui ont souvent, souvent défendu le SPVM d’accusations de n’être que des brutes, mais ce soir j’ai honte, j’ai tellement honte, et suis abasourdi de dégoût pour leur tactiques minables.
Quand un gouvernement digne de la confiance du peuple se verra redonner un certain pouvoir, et que seront compilées chacune de ces petites et grandes saloperies, pour que tous ces criminels soient traduits en justice, leurs proches, leurs voisins, leurs enfants aussi auront honte d’eux. Ils ne manquent pas de raisons pour que ce soit déjà le cas.
Mais pour l’instant, ils abusent impunément de leur autorité, et trahissent leur mandat, pissant sur leur propre honneur, leur propre dignité. Car c’est une noble chose, pourtant, que de choisir de servir et protéger ses semblables, mais cela ne rend que d’autant plus tragique et déplorable leur chute.
Instruments sans âme d’une politique absurdement répressive, imposée par un gouvernement chaque jour de plus en plus illégitime, malgré autant qu’à cause des foutues élections, ils n’ont plus de vrais policiers que l’apparence.
Ustensiles manipulés par un monstre qui se nourrit de la peur d’un peuple soumis, ils sont devenus cela même dont ils devraient protéger les innocents.

Quoi, vous me dites qu’elle n’était pas innocente, cette femme fière, coupable d’exister sur un trottoir pour d’autres raisons que les passants passifs qui eux n’y sont pas inquiétés?
Libre à vous de rationaliser votre déni en l’accusant de maux imaginaires, mais même selon les conceptions dangereusement élastiques et arbitraires de l’application de la loi du SPVM, qui n’hésitent pas à faire de frôlements involontaires des assauts/voies de faits, elle n’avait absolument rien à se reprocher, et le SPVM non plus.
Ben oui, c’est une manifestante, une régulière, même, et plus que capable d’être bruyante, mais c’est une dame de coeur et d’honneur, une femme absolument admirable. Ne prenez pas ma seule parole : allez voir sur twitter comme elle est adorée, comme elle est aimée. Allez-y, vous verrez.
C’est une ange, et si vous êtes trop sot pour le voir, j’ai peu d’espoir que vous ayez une âme.

J’aurais mille fois plutôt souhaité recevoir ce violent bodyslam au sol, ces éraflures, ce risque d’une commotion cérébrale quand un crâne atteint le béton du trottoir, que de vivre à jamais avec le souvenir horrible de la voir se faire piétiner sous mes yeux, d’entendre ses cris de douleur et d’incompréhension. L’horreur de l’impuissance ressentie face à une telle brutalité déferlant sur quelqu’un qui nous est cher est indescriptible…
J’aurais bien du mal à essayer de faire un compte-rendu exact des instants qui ont immédiatement suivi la charge.
Ai-je seulement essayé de comprendre, de photographier, filmer cet outrage, d’envoyer un cri d’horreur et un appel sur twitter, ou tout cela à la fois?

Toute cette honte qui m’enrage est aussi la mienne, de n’avoir pas pu faire mieux.
La culpabilité décuplée de n’avoir pas au moins su réagir convenablement à ce que je n’ai pu prévenir.

Le SPVM a battu cette femme noble sous mes yeux, et à défaut de pouvoir l’empêcher, je n’ai pas su faire le peu que j’aurais au moins pu faire, le documenter. Je le regrette amèrement, et m’en excuse.

Le SPVM, ce soir, comme nombre d’autres soirs sordides, a spectenculairement réalisé le souhait du Premier Minable de voir « la rue » salie par la violence et l’intimidation.
Mais celle-ci réussit à être encore plus répugnante même que les calomnies, les tentatives de manipulation, les Charriages de Charogne, car elle prétend être l’exercice de la loi, et il se trouve des ignorants pour le croire.

Ces salariés diligents de l’état policier font leur injuste part, mettent l’épaule à la roue et le visage d’une vieille femme noble contre l’asphalte.
Leur code de déontologie : une fiction rassurante.
Leurre d’une déontologie qui ne pèse pas plus que la loi électorale pour les médias publicitaires des seuls partis autorisés.

L’asphyction programmée d’un souffle nouveau qui menace le règne sans partage de l’illusion d’un Sacro-St-atuquo, d’un ordre qui n’est fait que de menaces.
Cet ordre n’est qu’ordure, et on ne peut vivre dignement dans la puanteur de la merde et de la pourriture. Ces gens dont le seul tort est de ne pas attendre d’être déçus par les élections à venir pour manifester leur colère n’amènent pas le chaos (ou je ne sais quel autre reproche infantile), mais au contraire ils gardent vivant un certain espoir.
Vive le sain désordre, alors, si le seul ORDRE est de se taire, et de ne surtout pas faire quelque chose.


Le lendemain, j’ai beaucoup, beaucoup hésité à retourner manifester.
J’étais bouleversé, encore… comment allais-je réagir lorsque je devrais revoir ces agents, comment allais-je réagir à leur nouvelles frasques?

Je sais, pour certains, tout ça n’est rien à côté d’un oeil crevé, et bien sûr qu’on en est loin.
Mais c’est un des graves problèmes des médias/de notre société que de se concentrer sur la « simple » violence physique, et d’ignorer l’ampleur et la portée que peut avoir la violence psychologique.

Combien de citoyens dégoûtés d’exercer leurs droits, suite au harcèlement systématique des policiers?
Combien de citoyens qui restent chez eux?
Combien qui en plus, ont honte, car ils ont peur?

Pas nécessairement tordus dans l’angoisse, car ils savent bien, pour être allé voir, que sans la police, les manifestations ne sont pas du tout dangereuses.
Non, en général, simplement tenus en laisse par de simples, mais sérieuses obligations: demain matin, il faudra aller travailler. Il faudra aller porter la petite à la garderie.
C’est suffisant pour que l’on préfère ne pas prendre le risque de se faire arrêter… mais ça ne devrait pas être normal.

Si la police faisait un travail responsable, comme elle est pourtant si souvent capable de le faire, en se retirant le plus possible des manifestations, il va de soi que n’importe quel citoyen, sachant qu’il ne risque pas plus d’y procéder à des actes criminels qu’il ne le ferait dans son temps libre, n’aurait aucune raison de craindre pour sa sécurité. Même si pour certains acteurs/journalistes, les termes sont interchangeables, une manifestation n’est pas une émeute. Sans police pour s’en mêler, il n’y a plus d’émeute que lors des séries éliminatoires pour la coupe Stanley.

Et c’est bien parce que les actes de la police semblent, et sont trop souvent imprévisibles et arbitraires, qu’ils représentent la véritable menace pour les citoyens, la vraie source de « la violence et de l’intimidation ». Le problème, pour le quidam, n’est pas le type à côté de lui qui « lance un projectile », mais la réaction qu’auront les forces de l’ordre face à la situation.
Et ce qui est aussi négligé dans les médias, c’est que la plupart du temps, les rapports ne sont certes pas les plus cordiaux entre policiers et manifestants, à Montréal, mais il n’y a vraiment pas de quoi faire un drame non plus. Puisque de nombreux détracteurs aiment à souligner aux manifestants que « c’est bien pire ailleurs », et bien justement, rappelons-leur que pour ça aussi « c’est bien pire ailleurs »: l’écrasante majorité des policiers blessés, tout au long du printemps érable, le furent d’eux-mêmes, comme le mentionnait un rapport sur la question.


Puis, en après-midi/début de soirée, j’ai écrit une lettre ouverte, un appel à l’aide, un cri du coeur à Jacques Duchesneau.
Celui-ci étant un ancien policier non seulement respecté pour son rôle contre la corruption, mais en pleine campagne électorale, à ce moment, il m’a semblé une personnalité publique appropriée à interpeller…

Voici ce que je lui ai écrit:


https://blogocram.wordpress.com/2012/08/18/as-m-duchesneau/

a/s M. Duchesneau

Bonjour, M. Duchesneau.
Vous devez être très occupé, ces jours-ci, je vais essayer d’être bref.
Je m’adresse à vous à cause de votre grande expérience au SPVM. Vous, qui avez notamment contribué à mettre sur pied la police de quartier, devez savoir ce qui se passe. Vous ne me connaissez pas, à moins que n’ayez la mémoire assez fine pour vous rappeler d’un gamin habitant en face de chez vous, dans les années 80, mais c’est sans importance. Je n’attends pas de réponse de votre part, je veux seulement vous passer un message.
Je ne vous demanderai certainement pas non plus de condamner ces agents, leur violence et leur intimidation, je ne vous demanderais même pas de commenter publiquement, ou de mener votre campagne autrement que comme vous l’entendez.
Je vous supplie seulement de savoir.
De savoir que jour après jour, des citoyens comme moi qui ont confiance que les agents du SPVM ne sont pas tous et toutes des brutes épaisses qui n’interagissent qu’à coups de matraques se font brutalement contredire par ceux-là mêmes qui prétendent les protéger.
Je ne vous parle pas de la belle grosse violence-spectacle des grandes manifestations, même si celle-ci mériterait bien plus d’attention qu’elle n’en reçoit. Si vous voulez vous renseigner de ce côté, je vous suggère:
Couverture médiatique du phénomène de la violence [texte de MoniqueHamel]
Lettre ouverte aux policiers, de la part d’un ancien confrère à la retraite (René Forget)
L’ex-policier René Forget remet en question le policier interviewé par le Journal de Montréal
J’ai le regret de devoir vous parler de la petite violence quotidienne, plus sournoise et plus cruelle.
Je vous écris aujourd’hui car j’ai vécu, hier soir, un épisode rien de moins que traumatisant.
Un incident, pas du tout isolé, où les émeutiers en uniforme ont profité de leur pouvoir d’agir comme des footballeurs dopés pour effrayer, frapper et blesser des manifestants totalement pacifiques.
Tout le long de l’été, au cours de ces petites manifestations sans intérêt pour les médias, le SPVM et les manifestants se sont apprivoisés, ont appris à se gérer mutuellement. Pas toujours pour le mieux, mais en général pas si mal non plus.
Mais depuis peu ce crucial restant de courtoisie, de compréhension dont faisait régulièrement preuve le SPVM, malgré de nombreux autres incidents où ils démontraient à quel point ils se soucient du code de déontologie des policiers du Québec, semble être un lointain souvenir.
Tant qu’on les taxait d’insignifiantes, ces manifestations étaient tolérées. Est-ce parce qu’elles contredisent le discours consensuel d’unanimité sur l’élection comme panacée à tous nos problèmes, qu’elles dérangent tant qu’il faut les écraser par la force, à coups dans le dos de bottes et de vélos?
Désolé, je m’emporte.
Mais je tiens à vous faire comprendre qu’il ne s’agit pas ici de répression envers une jeunesse colérique et incontrôlée, quand elle commet ou non des actes criminels.
Ce qui est arrivé hier, et plusieurs autres fois avant, c’est l’usage de la force brute pour réprimer, démoraliser, menacer, attaquer et blesser des citoyens certes en colère, mais responsables et respectueux.
Toute ma vie, je porterai la blessure d’avoir été témoin impuissant de ces cerbères sans coeur, qui ont renversé, écrasé, et frappé une femme admirable, incroyablement courageuse, infiniment généreuse, et qui a, M. Duchesneau, au moins votre âge, sinon plus encore. Très influente et suivie sur twitter, j’ai eu la chance et l’honneur d’apprendre à la connaître un peu, et même en essayant je n’arriverais pas à exagérer en accumulant les éloges à son égard.
Je veux bien croire qu’elle dérange, car elle est forte, et libre, et sans peur. Mais elle ne mérite pas d’être sciemment frappée à trois reprises consécutives par des agents qui la connaissent très bien, et ne manquent jamais une occasion de lui rappeler, en se moquant d’elle par son prénom, la menaçant d’arrestation, lui ordonnant d’aller se coucher ou je ne sais quelle autre manque flagrant de respect venant de ces grands gamins qui mériteraient bien une fessée.
Désolé si je vous semble peu respectueux moi-même, M. Duchesneau, mais je suis sincèrement dégoûté.
Je ne suis pas de ceux qui méprisent et injurient la police en bloc, bien au contraire. Je sais que leur tâche est incroyablement difficile, ingrate, et exigeante, mais comme je sais aussi qu’ils en sont capables, je préfère en général les appeler à reproduire et dépasser ce qu’ils font de mieux que de m’éterniser sur leurs pires défauts.
Mais cet espoir, de plus en plus ébranlé, est en piteux état aujourd’hui.
Comment espérer que les bonnes têtes au SPVM puissent faire leur travail quand les vrais faucons donnent les ordres?
Comment espérer qu’une ènième plainte en déontologie serve à quoi que ce soit, sinon prolonger un petit jeu de marionnettes, mise-en-scène pour consciences tranquilles?
Je sais, vous n’êtes pas magique, M. Duchesneau. J’aurai déjà beaucoup de chance si vous me lisez, alors comme je vous le disais plus haut, je n’espère rien de vous en particulier.
Si par contre vous le voulez bien, j’aimerais beaucoup que vous m’aidiez à retrouver une certaine estime pour ces sinistres créatures, enfouies bien loin sous leur uniforme. Ces petits êtres fragiles, beaucoup trop fragiles sous leur coquille blindée, ont visiblement besoin d’aide.
Ils sont devenus dangereux pour les citoyens, adultes, enfants et aînés, et ce faisant pour eux-mêmes, à un point dont ils ne semblent pas conscients.
L’heure est grave. Très grave.
À défaut de pouvoir réellement y faire quelque chose, vous m’avez semblé, bien plus que M. Poëti, à qui j’aurais peut-être aussi pu m’adresser, quelqu’un qui voudrait en être averti.
J’espère que vous avez encore assez de coeur, d’honneur et de respect pour vos anciens collègues pour vous soucier de ce qu’ils font à vos semblables, loin des caméras et de leur propres règlements (section II, article 5), et vous inquiéter de l’étendue sans cesse grandissante de leurs dégâts.
Si, plus cyniquement, vous voudriez récupérer cet appel à l’aide à des vues électorales, je m’en réjouis et vous encourage complètement à le faire : j’aurais tendance à suggérer un bureau/comité/ombudsman avec de vrais pouvoirs, totalement indépendant de tout corps policier, qui aurait pour tâche, en premier lieu, de recueillir les nombreux témoignages/documents de brutalité policière de ces derniers mois pour mettre sur pied une approche juste, rationnelle, mais surtout efficace de traduction en justice des abus injustifiables et des dérives purement politiques.
À court terme, cela pourrait aider quelques agents exténués par leurs charges énormes à garder leur calme, et à long terme, je me permets d’espérer que cela pourrait contribuer à redonner confiance aux citoyens que les policiers ne sont pas que de serviles chiens-de-gardes appliquant sans discernement les lois iniques d’un gouvernement illégitime.
Bien sûr, ce n’est là qu’une humble suggestion, qu’il y aurait certainement lieu d’améliorer.
Merci beaucoup de votre temps et de votre attention, respectueusement,
Marco Simonsen-Séréda


Après avoir écrit ce texte, j’ai pris ma décision : puisque Cécile retournait manifester le soir-même, j’allais m’y présenter.
Mais pas comme manifestant, même pas comme observateur extérieur/photographe journaliste-twitter, non.
Comme bodyguard.
Strictement là pour veiller à la sécurité de Cécile, restant le plus près d’elle que possible, tout au long de la soirée.
J’ai rapidement vu que je n’étais pas le seul…
Plusieurs d’entre nous marchaient près, ou parfois carrément tout autour d’elle. Pas question qu’ils nous l’abiment encore plus.

J’étais là quand l’agent Viau est venu lui demander comment elle allait…
Je lui ai demandé s’il avait des excuses à lui présenter.
Je ne me rappelle plus ce qu’elle lui a répondu, mais ils ont bien vu l’ambiance, et ont tenu leurs distances.

Peu après, ils procédaient à plusieurs arrestations, sur St-Denis, pas des plus délicates.
Pendant que la foule était pressée sur le trottoir, j’ai vu des agents pousser brusquement Jean, encore.
Ce brave homme de 60 ans, indigné mais plus que digne, et sans danger pour quiconque, aurait pu se faire blesser tant de fois.

Ils n’avaient pas réussi à casser le bras nécessaire à la tweeteuse-vedette la veille, voulaient-ils casser les jambes de ce marcheur persistant pour se rattraper ce soir?
Heureusement, Jean est solide et s’en est remis. Mais la soirée n’était pas finie pour lui, bien au contraire.

https://blogocram.wordpress.com/2012/08/18/montreal-18-aout-2012-manifencours117/
18 août. Violence sur Jean & Amélie.

#manifencours117 (Arrestations Ste-Catherine) [Montréal 18 août 2012 22h27] SPVM: http://youtu.be/Ub-XmTl-x1Q

+ une autre prise de vues du même événement, Manifestation 18 août 2012: violente arrestation d’un manifestant âgé: http://youtu.be/tgbrbSlXcUg

La soirée, encore une fois, était presque terminée.
Le reste de groupe, qui ne cherchait qu’à retourner au parc Émilie-Gamelin pour clore la marche, et qui marchait sur le trottoir depuis les arrestations précédentes, arrive au coin St-Laurent/Ste-Catherine. Nous étions tout contents d’arriver bientôt devant la toute fraîche murale représentant l’Anarchopanda, et de la montrer pour la première fois à quelqu’un qui marchait avec nous.
Seulement, le bloc entre St-Laurent et St-Dominique fait office de transition entre la zone piétonnière à l’ouest (quartier des spectacles) et le retour de la rue aux véhicules vers l’est.
Pour quelques secondes, les manifestants « reprennent la rue » en rigolant, mais se rendent vite compte, d’eux-mêmes, que la zone en fait n’est plus piétonnière.

Au même moment, on entend, en provenance d’une voiture du SPVM à proximité, un avertissement de reprendre le trottoir. Je m’inquiète sur-le-champ pour Cécile et ma mission de la protéger, alors je traverse aussitôt la rue pour la rejoindre, car elle était de l’autre côté. Je vois arriver des agents à vélo, qui arrivent à toute vitesse et foncent sur des manifestants qui étaient à la hauteur du trottoir, mais en train de traverser St-Dominique, vers l’est. Cris, bousculade : je reconnais rapidement Jean et Amélie, qui se font arrêter, et brutalement, sous nos yeux.

Un peu plus tard, nous retrouvons Amélie, qui a été relâchée. Quelques uns d’entre-nous nous dirigeons au poste pour demander des nouvelles de Jean.
L’agente à la réception, voyant entrer 4ou5 « carrés rouges », disparaît et revient avec des renforts…
Lorsqu’ils comprennent enfin que nous ne procédons pas à une invasion du poste, et que nous voulons seulement savoir s’il est blessé, et comment il se porte, et que nous pouvons l’identifier, on se fait dire qu’il n’est pas blessé, qu’il est probablement au poste Crémazie, et que si l’on s’y dirige nous allons être arrêtés pour « flânage » devant le poste.
Il est accusé de voie de fait sur l’agent qui l’a arrêté, ou qui arrêtait Amélie. Personnellement, je n’ai pas vu qui a commencé quoi, au juste, tel que je l’explique (en anglais) dans les commentaires sur mon blog en réponse à quelqu’un qui demandait s’il s’agissait bien de Daniel Théoret. J’étais très, très mal à l’aise, car c’est bel et bien lui.
Là, je l’avais vu saisir Jean par le cou et le plaquer au sol, juste devant moi… j’ai donc répondu en marchant sur des oeufs, que oui, je le reconnaissais, mais que je ne pouvais pas confirmer le déroulement des événements autrement que par mon témoignage: https://blogocram.wordpress.com/2012/08/01/lettre-ouverte-a-daniel-theoret-matricule-1306-et-ses-collegues-du-spvm/#comment-85.


5 jours plus tard, quand j’appris que c’était au tour de Cécile d’être arrêtée, j’ai téléphoné, inquiet, au poste.
J’ai expliqué que je me faisais du souci pour quelqu’un qu’ils viennent d’arrêter, et que je comprenais qu’ils pourraient probablement ne rien pouvoir me dire au téléphone.
Je demandais seulement si je pouvais recevoir des informations en personne, avant de me déplacer inutilement, mais l’agent m’a opposé un refus total.
J’ai expliqué que quelques jours plus tôt, j’avais pu obtenir exactement ce genre d’informations, mais l’agent a insisté pour dire que ce n’était pas conforme au règlement, et qu’il ne me dirait rien si je me présentais. Curieux.

Il aura fallu qu’un journaliste reconnu s’adresse au bureau d’informations médias pour enfin obtenir une réponse du SPVM.
Cécile se portait bien, elle était probablement au centre Crémazie, pourrait en sortir avec une caution, en argent comptant, qui pourrait être jusqu’à 2000$.

À deux reprises, différentes, le bureau des médias a affirmé au journaliste qu’elle était accusée de « menace de mort », proférée lors de la manifestation de soir du mercredi 22 août.
Mais lorsque je soulignai, sur twitter, à ce journaliste, que c’est impossible, car je savais pertinemment qu’elle n’était pas présente à la manif de soir, après trois fois, le SPVM a corrigé sa version des faits pour avancer l’heure de l’accusation en tout début de soirée/fin d’après-midi, juste après la grande manifestation mensuelle.

Ultimement, il ne s’agissait plus de « menace de mort », tel qu’annoncé initialement, mais juste de « proférer des menaces ».
En fait, on lui reproche, comme vous le savez de son propre témoignage, d’avoir fait un geste de fusil avec les doigts de la main.
Accusée de menacer l’agent Viau, avec lequel, une demi-heure plus tôt, elle avait échangé une brève blague, pour ensuite s’inquièter de la réponse ambigue de l’agent (elle pensait qu’il sous-entendait une menace, mais j’avais plutôt entendu de l’humour, plus ou moins réussi):
« t’es pas en black bloc? », lui demande-t-elle.
« non, c’est ce soir, ça », répond-il.
Moi, en tout cas, je n’avais pas vu là de menace du tout – d’aucun côté, devrais-je ajouter…

C’est plus tard, quand nous avons aperçu quelques agents à vélo, de l’autre côté de la rue, que nous les avons pointés.
À ce moment, en fait, nous ne nous occupions pas du tout de l’agent Viau : en fait, je confirmais qu’il s’agissait de Théoret, à côté de lui, alors qu’elle pensait que Théoret était un autre agent que l’on voyait souvent. Je ne sais plus si j’ai pointé, ou simplement dit « non, l’autre à côté », et je n’ai pas souvenir d’avoir vu Cécile pointer « en fusil » non plus. C’est possible, mais si anodin qu’il n’y avait là, de toute évidence, aucune intention maléfique. Il se peut que j’ai salué les agents de l’autre côté de la rue aussi: si c’est le cas, j’aurai fait un bref salut vaguement militaire, ou un hochement de tête minimal, ou même un salut avec un grand sourire – je ne sais plus, c’était bref et anodin.
Je précise car ce récit contredit directement le SPVM, qui prétend qu’à ce moment même, mon interlocutrice était en train de criminellement proférer des menaces à un agent des forces de l’ordre. Comme interlocuteur direct, on peut supposer que je m’en serais un peu aperçu, si tel était le cas. Mais non, je n’ai rien remarqué de tel.
Je ne me rappelle pas même d’avoir vu Viau, à ce moment : la précision concernait Théoret et sa relation houleuse avec Jean, et pas lui.

Alors voilà, vous connaissez la suite.
Jeudi, le 23, avant que la manifestation quotidienne ne commence, le SPVM arrive, en très, très grand nombre, et procède à l’arrestation de Cécile.
En fait, avant tout cela, l’agent Viau se dirige vers elle et lui saisit son téléphone, voulant logiquement l’empêcher de tweeter son arrestation.
Ils l’ont menée à l’écart, et empêché le plus possible le peu de manifestants qu’il y avait de communiquer avec elle.
Ce soir-là, la nouvelle n’est pas sortie immédiatement, alors qu’habituellement, grâce à des journalistes-citoyens comme elle, une nouvelle semblable aurait aussitôt été publiée sur twitter.
Non seulement les manifestants tweeteurs ont procédé à une manif sans elle, ce soir-là, mais certains d’entre eux auraient même été encouragés à ne pas parler de l’arrestation de Cécile, et carrément d’effacer toute trace de la nouvelle si c’était déjà fait. Très, très étrange.
Le SPVM savait qu’en s’en prenant à elle, ils risquaient de susciter de fortes réactions. Peut-être ce soir là, voyant qu’il n’y avait presque personne, ils ont saisi l’occasion?

Plusieurs personnes qui étaient présentes, ou furent mis au courant, se sont étonnées de la quantité d’agents mobilisés pour arrêter cette dame respectable de 55 ans.
Mais en ce qui me concerne, la question est très simple: ce n’est pas sa résistance à elle qu’ils craignaient, mais la réaction des autres autour d’elle qu’ils anticipaient.

Elle fut donc embarquée, un seul tweet solitaire le mentionnant sur twitter.
Ce n’est que lorsque je suis rentré du travail que je reçus un appel et appris la nouvelle, et j’étais stupéfait non seulement de l’arrestation, mais de l’opération de silence qui avait tenu le secret, car j’avais jeté un coup d’oeil aux nouvelles de la manif, qui autrement s’était déroulée sans incidents à signaler, et n’avait rien vu là-dessus.

J’ai appris qu’en fait, Cécile avait expressément demandée aux témoins, sur place, de témoigner et d’avertir les gens sur twitter qu’elle était arrêtée, certes, mais surtout que son téléphone était saisi, et donc que toutes ses communications seraient interceptées.
Évidemment, j’étais scandalisé de cette arrestation que je savais plus que douteuse (j’ignorais encore, à ce moment, les détails, mais je savais qu’il était fort improbable qu’elle ait proféré quelque chose qui ressemble à des menaces), et j’ai retransmis l’information comme j’ai pu.
Et comme le craignait peut-être le SPVM, rapidement la toile s’échauffait, et une quantité énorme d’étudiants, citoyens et journalistes professionnels qui la suivent, et dépendent même souvent de son travail bénévole de journaliste-citoyenne, se scandalisait et se mobilisait pour libérer leur grenouille adorée de cette injustice (pseudonyme twitter : @frogsarelovely).

Je ne raconterai pas son arrestation, sachant que vous avez son témoignage, déjà, ni la nuit blanche que certains ont passée.
Voici l’article à ce sujet, écrit par le journaliste Ethan Cox dans l’urgence pendant la nuit, et mis-à-jour plusieurs fois selon les développements:

http://rabble.ca/blogs/bloggers/ethan-cox/2012/08/student-strike-stalwart-and-citizen-journalist-arrested-being-held-?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+rabble-news+%28rabble.ca+-+News+for+the+rest+of+us%29



Encore bouleversé, j’apprends qu’une manifestation est annoncée pour le soir du lendemain, à la défense de la grenouille adorée (en fait, il y en eut plusieurs soirs de suite).

J’ai écrit un texte qui était avant tout un appel au calme, car à ce moment, je craignais ellement des débordements.
Je savais que cette arrestation était une profonde insulte, et participait de cette campagne de plus en plus agressive de guerre psychologique pour démoraliser et arrêter, par tous les moyens possibles, ces manifestants persistants qui n’observaient pas de « trève électorale », sachant que l’élection n’était pas la solution à tous les problèmes, et toutes les récriminations formulées pendant le printemps/été érable. Voici donc ce que j’ai écrit:


https://blogocram.wordpress.com/2012/08/24/freefrogsarelovely/

#freefrogsarelovely

Bon.
Si vous lisez ceci vous savez probablement déjà que la plus pure, la plus forte et la plus aimée d’entre nous a été arrêtée hier sous le prétexte fallacieux de « menaces de mort » prétendument proférées à un policier, détenue jusqu’aux petites heures du matin, refusant de partir sans son ifon que les forces du désordre voulaient garder jusqu’à mardi.

Je n’ai pas le temps ici, aujourd’hui, de faire mon interminable exposé des faits, alors pour plus d’infos, voyez l’article d’@EthanCoxMtl sur le sujet : UPDATED: Student strike stalwart and citizen journalist arrested, held for nine hours.
Si j’écris ici c’est que j’ai un message important à faire entendre à tous ceux qui iront, ce soir, 24 août, à la #manifencours en soutien à @frogsarelovely: https://www.facebook.com/events/512637825429333
Vous êtes en colère, vous êtes furieux, vous êtes en tabarnak?
Moi aussi.
Mais quoi que vous fassiez, RESTEZ CALMES.
Parce que si vous pètez une coche, et virez ne fût-ce que modérément violents, vous faites EXACTEMENT CE QUE VEULENT LES MARIONNETTES DU SPVM et les propriétaires des mains qu’ils ont… qui les font bouger, disons.
Ils savent très bien que leurs accusations ridicules de menaces de mort ne tiendront pas la route, mais ça c’est sans importance : d’ici à ce qu’un juge ait – peut-être – assez d’usage de la raison, d’une part, mais surtout de la volonté de s’en servir, pour le reconnaître, les bénéfices de leur action auront largement dépassé les douteuses conséquences d’une accusation éventuellement, peut-être reconnue fausse.
Je perçois deux intentions totalement flagrantes à cette arrestation :
1. Ils ont enfin un moyen réellement menaçant d’empêcher @frogsarelovely d’aller encore et encore, pas tous les soirs mais autant que possible, dans les #manifencours pour manifester, se manifester et, bien plus grave encore, témoigner en direct des frasques quotidiennes du SPVM (vous pensez que les petites manifs de soir sont plates? c’est que vous n’y êtes jamais allé).
Cette interdiction d’aller au centre-ville en même temps que d’autres manifestants n’est pas imaginaire : au contraire elle est déjà active et applicable, étant comprise dans les conditions de remise en liberté négociées tôt ce matin. Comment cela se traduira dans l’avenir, on ne sait pas encore.
Pour l’instant c’est le 2e point qui est plus urgent à partager:
2. Conséquence immédiate et prévisible de cette offense au bon sens, cet abus grossier des pouvoirs de la loi par le SPVM a aussi pour effet désastreux de potentiellement radicaliser des gens qui seraient autrement restés pacifiques.
Des gens qui n’auraient jamais de leur vie osé lever la main ou même juste le ton envers des policiers, quand on bat sous leur yeux une femme d’âge mur qu’ils admirent, peuvent se laisser emporter par l’émotion, perdre le contrôle, et offrir enfin l’occasion qu’attendaient les policiers pour intervenir avec force, sous couvert d’une légitimité frauduleusement perverse.
Que vous vous considériez ou non comme des « vrais rebelles », je ne pense pas que vous ayez envie de faire EXACTEMENT ce que veulent les agents du SPVM.
Alors gardez ceci à l’esprit, ce soir et à l’avenir : ils ont démontré, au-delà de tout doute raisonnable, qu’ils n’ont aucun scrupule à violer leur code de déontologie (particulièrement la section II, article 5) pour susciter des réactions qui leur permettront alors de passer à l’action.
Je me fous complètement que vous puissiez m’accuser de paranoïa à cet égard : vous ne démontrez ce faisant que votre ignorance.
L’usage systématique de la provocation est un fait bien connu des manifestants réguliers, qui ont souvent appris à leurs dépends qu’ils ont intérêt à ne pas répliquer sur le même ton aux policiers qui se moquent d’eux et/ou les provoquent de diverses manières.
Il ne faut RIEN leur donner : même si vous savez, et que tous vos amis ont vu que vous êtes restés raisonnables et n’avez rien à vous reprocher, ils ont toute la latitude qu’ils veulent pour vous arrêter quand même, et vous faire porter de lourdes accusations aux conséquences funestes.
Il vous faut absolument comprendre que la réalité, les faits et la décence pèsent bien peu dans cette guerre d’usure.
Vous ne me croyez pas?
Je l’ai appris, par exemple, le 15 juillet 2012 – #manifencours nocturne 83 : pour un contact insignifiant, un manifestant a été arrêté sous mes yeux et accusé de voies de fait, en totale contradiction avec la description que donne pourtant la loi de cette offense [http://www.spvm.qc.ca/fr/service/1_3_1_2_violphys.asp].
http://youtu.be/02fMiAYmjkQ


Bon, d’accord, ça oui, dites-vous, mais la présence ou même l’existence d’agents provocateurs, allons, c’est de la fantaisie, du délire…
N’en soyez pas si certains : renseignez-vous, plutôt, avant de projeter vos préconceptions naïves sur une situation dont vous ignorez les détails, je vous prie. Il existe quantité d’exemples qui le prouvent, et c’est un fait reconnu à reculons par les forces du désordre qu’elles ont souvent eu recours à ce procédé pervers et malsain.
Qu’il s’agisse de l’incitation verbale et matérielle à plus de violence de l’infiltrateur de la cellule Germinal avant le sommet des Amériques en 2001, ou des lamentables policiers déguisés à Montebello (vidéo ici ou ici, plusieurs autres sources et articles disponibles), ce n’est pas de la science-fiction mais une pratique connue.
Mais revenons à nos rues de Montréal, avec un exemple plus précis:
http://youtu.be/2Y02olghAiw


Vous voyez cet homme, qui a engagé la conversation avec @frogsarelovely et l’a rapidement insultée, provoquant la colère immédiate de la foule?
C’est certainement un homme libre, un citoyen engagé qui venait exprimer son opinion de la manière la moins constructive et la plus méprisante possible, et pas du tout un collaborateur du SPVM qui tentait, le soir d’une des toutes premières sorties de la fameuse Brigade Urbaine (« la nouvelle police des manifs »), de leur donner l’occasion de se pratiquer un peu : il serait mal avisé de quiconque de lancer cette accusation sans pouvoir le prouver.
Par contre, il est tout de même curieux qu’unanimement, tous les témoins de cet incident l’ont reconnu comme étant précisément le même individu qui avait aussi suscité de vives réactions le 16 mai dernier, à un point tournant crucial de la mobilisation étudiante contre la hausse et citoyenne contre la loi 78, et que l’on peut voir dans le vidéo (00:28 à 00:42) accompagnant cet article:

Loi spéciale: la manif dégénère, la police arrête 122 personnes.
Publié le 16 mai 2012 à 21h15 | Mis à jour le 17 mai 2012 à 09h56.
http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201205/16/01-4525991-loi-speciale-la-manif-degenere-la-police-arrete-122-personnes.php

+merci à @LeCowboy1 pour les liens suivants:
http://youtu.be/qLtK-S0FTzk
http://youtu.be/Rf9fTYKgF2o

J’ai eu l’occasion d’apprendre, ce soir-là, à quel point cette provocation m’avait enragé. Heureusement, et malgré un deuxième passage de cet étrange personnage un peu plus tard, il n’aura réussi qu’à récolter notre mépris, mais il aurait suffit de bien peu pour que la situation dégénère sérieusement.
J’ai appris la leçon, et quand le lendemain une madame plus que bizarre est passée au parc pour bêtement insulter les gens avant le départ de la manifestation, nous en avons ri, et offert nos sympathies. Et lorsqu’elle a persisté, j’ai pris sur moi de lui donner un peu d’amour qui visiblement lui manque cruellement, et lui ai offert un gros énorme câlin tout douillet, tout gentil, sous les applaudissements des autres manifestants.
Est-ce que vraiment ils seraient aussi bêtes d’avoir envoyé cette dame?
Honnêtement, non, je ne crois pas. Il ne manque pas d’abrutis pour prendre sur eux cette initiative, de toute façon.
Mais le fait est qu’après ce câlin, elle n’a plus eu un seul mot à dire, est repartie sans en demander plus, et à ce que je sache on ne l’a plus jamais revue.
***

J’ai parlé plus tôt de guerre d’usure.
Ce serait trop long à tout documenter ici, mais depuis les élections, et plus particulièrement depuis le soir du 13 août, le SPVM a modifié ses pratiques envers les manifestations nocturnes, durcissant massivement leur attitude, distribuant sans retenue les coups et les constats d’infractions ridicules.
Après le soir du 17, quand c’était la 3e manif de suite où @frogsarelovely s’est fait frapper « par hasard » lors d’interventions ciblant d’autres manifestants, j’ai écrit une lettre à Jacques Duchesneau pour l’avertir de la dérive répressive démentielle du SPVM, et attirer l’attention du public sur la gravité de la situation. La manifestation était terminée, elle avait été pacifique et sans débordements, il n’y avait aucune raison d’employer la force pour se saisir de manifestants calmes et encerclés de toutes parts : ils n’utilisent même plus l’excuse déjà bidon de la « casse » pour foncer dans le tas, et c’est rien de moins que scandaleux.
Puis, le soir même (18 août), le SPVM arrêtait brutalement le brave Jean, un homme admirable de 60 ans qui s’est vu accusé de voie de fait contre un agent, puis imposer des conditions l’empêchant de manifester à nouveau. Pas politique, la police? Il lui est interdit de retourner manifester avant le 4 septembre, un autre bel hasard, tiens.
Je ne pourrais vous décrire ma désolation de voir cet agent, à qui j’avais pris le temps d’écrire une autre longue lettre, après qu’il m’ait demandé pourquoi nous étions si persistants à revenir tous les soirs dans la rue, de le voir tordre le cou et plaquer au sol cet homme infiniment plus noble et courageux que lui.
http://youtu.be/Ub-XmTl-x1Q
http://youtu.be/tgbrbSlXcUg


Alors voilà, en gros.
Pensez-en ce que vous voulez, mais je vous le dis : le SPVM savent très bien qu’ils ne gagneront pas leur procès en cour pour cette accusation abusive.
Mais si, en attendant, ils peuvent empêcher @frogsarelovely d’aller manifester/twitter, à défaut d’avoir réussi à lui casser une jambe ou un bras l’autre soir, ce sera déjà ça de gagné pour eux.
Et si, par dessus ça, des hordes de barbares débarquent ce soir à la manif en soutien, l’écume aux lèvres et le couteau entre les dents, un autre de leurs voeux les plus chers sera réalisé et ils pourront joyeusement tester les forces de la Brigade Urbaine, tout en réalisant, finalement, de justesse, in extremis, la prophétie annoncée de « la rue » débordant soudainement de « chaos, violence, intimidation, bla, bla, bla… »
Soyez plus forts qu’eux, camarades.
Préservez cette supériorité morale qui est vôtre, qui est nôtre face à la bêtise et la cruauté d’un service de police instrumentalisé pour étouffer une lutte sociale et politique, qui dépasse largement tous les enjeux que le grand cirque électoral ne trouve même pas dignes de mention. En plus, qu’on se le dise, ce n’est pas comme si c’était particulièrement difficile : comme vous voyez la barre n’est vraiment pas très haute (certains diraient même qu’elle est rendue assez loin sous terre, peut-être plongée dans la crasse des égoûts).
Le SPVM a montré depuis longtemps qu’ils craignent @frogsarelovely.

Ils ont raison d’avoir peur d’elle, car elle est bruyante, et forte, et fière, et aimée, et pire que tout ça parce qu’elle a raison.
À trop vouloir en faire une victime, ils n’auront qu’aidé à construire la légende… Et surtout, en s’attaquant aussi bassement, aussi mesquinement à elle, ils ont démontré qu’ils ont malgré tout sous-estimé l’étendue de ses pouvoirs : le vôtre.
Elle est la voix d’un peuple qui n’attend plus en vain qu’un sauveur imaginaire vienne régler tous ses problèmes.
Elle est une voix parmi des milliers d’autres de la majorité furieuse. Vous aussi.
Alors ce soir, en soutien à @frogsarelovely, j’attends de vous que vous vous comportiez dignement, et lui fassiez honneur.
S’il se trouve des incitateurs un peu trop emportés parmi vous, prenez-les à part et expliquez leur gentiment que leur colère mal dirigée ne servira que les forces qu’ils prétendent combattre, et qu’ils ne sont les bienvenus avec vous que s’ils peuvent se tenir.
Debouts, certes en colère, mais avec une dignité que nos adversaires ont perdu à jamais.


Certaines personnes pourraient penser que j’exagère complètement en considérant l’hypothèse que le SPVM chercherait activement à blesser des manifestants qui persistent à lutter malgré l’intimidation personnelle et juridique, mais à mon grand regret, je ne crois pas qu’il soit responsable de considérer d’emblée la chose impossible.

Peut-être est-ce plus important de comprendre ici qui sont les victimes, et pour cela, il faut comprendre la nature du profilage politique.
Quand on en parle en général, c’est d’un bloc monolithique, les « carrés rouges ».
Mais dans la rue, concrètement, et  plus encore après des semaines et des mois de manifestations, les policiers et manifestants réguliers se (re)connaissent.

J’esquisserais ici un brouillon de trois grandes périodes aux manifs nocturnes, qui naturellement se divisent en sous-séquences, sous-cycles:

Après les premières nocturnes, vint la grande période glorieuse des énormes fleuves de la mi-mai, quand apparut la loi 78, suivie du surgissement des casseroles.
Pendant un moment, presque chaque quartier a sa manif, jusqu’à ce que le souffle se perde un peu, mais que persiste la nocturne du centre-ville.

Fin-mai, début juin, diminution progressive, jusqu’à l’affrontement préparé et annoncé depuis longtemps (et pas nécessairement par les manifestants) du Grand Prix.
Il y aurait tout un chapitre à écrire là-dessus, je m’en tiens à un souvenir: ma surprise/incompréhension face à l’apparente indifférence des gens sur les terrasses, sur DeMaisonneuve, « protégés » par des escouades innombrables de policiers et paramilitaires (plus euphémistiquement nommés la Brigade Urbaine, en général). « La belle vie », en plein état policier…

Puis, deuxième grand cycle, la « trève des festivals ».
L’épouvantail d’une fuite des touristes est brandi.
L’argument économique, curieusement retourné contre les manifestants: mais oui, ça dérange, tout ça, bien sûr.
C’est un peu le principe de la chose.
Qui, alors, tel propriétaire de dépanneur de centre-ville, tel faux bouffon mais véritable trouble-fête devrait blâmer pour ses pertes, réelles ou anticipées?
Les manifestants qui prennent la rue, à défaut d’autre moyen de manifester leur indignation face à un gouvernement criminellement irresponsable et corrompu?
Ou ceux dont le rôle et la fonction même sont d’être mandatés pour voir au souci du peuple, et leur mauvaise foi si flagrante qu’elle ne peut être qu’assumée?

Bref…
Les marches sont de moins en moins grandes, avec des variations hebdomadaires, ou selon certains événements ponctuels.
Le 15 juin, performance et appel explicite à manifester par Loco Locasseroles à leur public, la plus grande foule présente pour un spectacle aux Francofolies non seulement cette année, mais dans toute leur histoire, dont une multitude emplit les rues en plusieurs marches simultanées, comme ça ne s’était pas vu depuis longtemps.

La 75e, la 78e, le 150e jour de grève, certains événements ramènent des foules, mais tout au long de l’été, les manifestations nocturnes sont de plus en plus symboliques…

Il y aurait lieu de préciser tout ça, mais en gros, je trace le passage à la 3e période au changement de ton amené par les élections.
Du jour au lendemain, toutes les habitudes, les rituels, les accords tacites qui s’étaient plus ou moins formés, par la force des choses, entre les manifestants et les policiers au cours de l’été n’avaient plus cours.

Tant qu’une armée d’étudiants risquait d’apparaître, à n’importe quel soir, ces petites manifestations n’étaient somme toute que ridiculisées, mais avec les votes de fin de grève, qui tombaient l’un après l’autre, la poigne répressive était chaque jour plus forte.

Jusqu’à ce que, dans ces deux cas précis, mais en cohérence avec plusieurs autres interventions, je note que le SPVM a procédé à de multiples interventions violentes envers des individus qui avaient reçu plusieurs constats d’infraction par le passé. De plus, j’oserais dire que ces manifestants visés sont, dans ce groupe informel, qui change au gré des soirs, très appréciés et estimés. Précieux, même. Plus âgés que la moyenne, par leur seule présence ils démontrent la nature inter-générationnelle des revendications, mais c’est une raison bien superficielle: bien plus, c’est leur énergie, leurs personnalités qui entrent en compte.

Et l’on ne saurait sous-estimer l’ampleur de l’influence de @frogsarelovely en tant que citoyenne-journaliste-twitter couvrant la #ggi et les #manifencours…
Pour ceux qui l’ignorent, sur ce réseau, des immédias font, très souvent, le travail de couverture en temps réel d’événements que ne font pas, et ne feraient pas les médias. De la simple nécessité d’informer qui voudrait se joindre au groupe lors des marches en cours, et donc d’indiquer les coins de rue et la direction (le service du SPVM étant généralement trop lent), à l’évidence d’informer aussi des arrestations, contraventions, et divers incidents qui surgissent, on passe vite d’un simple jeu à une mission importante, hors des grandes manifestations, quand tous les autres médias se retirent.
Plus que toute autre, @frogsarelovely a tenu le flambeau à cet égard. Elle fût un modèle et une inspiration pour ceux comme moi qui le faisaient de leur côté, et certainement une influence pour plusieurs autres qui sont apparus ici et là pour répondre au besoin des gens sur twitter, dont une grande quantité de gens qui auraient voulu y être, mais ne pouvaient pour diverses raisons.

Plus qu’un « contact virtuel sur un réseau social », plus qu’une collègue sur twitter, c’est devenue une véritable amie, que je respecte, adore, aime, et ainsi de suite… alors de la voir, sous mon nez, se faire frapper et rudoyer, et d’entendre, impuissant, ses cris de panique et de douleur, j’en porte encore la cicatrice.


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